| LE
DESIR FEMININ HYPOACTIF Le désir sexuel est insaisissable, plus on veut
l’attraper plus il s’échappe
Comme le précise le sexothérapeute Stanley E. ALTHOF (2005),
président de l’International Society for the Study of Women’s
Sexual Health “The field of female sexuality is complicated, subtle.
There are several reasons why we don’t completely understand female
sexual response. First, there are several fundamental aspects of the biology
that remain unknown. Second, researchers began investigating female sexuality
from the perspective of the male’s response. This was the wrong
approach. Lastly, while we understand some of the psychology, we don’t
yet have the full picture. In essence, we don’t yet have the complete
story.” (28) Pourtant il est tout aussi connu que l’une des plaintes majeures
des femmes en consultation de sexologie concerne la difficulté
à expérimenter le désir de façon satisfaisante
pour elle. La multiplication et la persistance des plaintes des femmes dans ce domaine, associées au fait que les difficultés à éprouver du désir nourrissent une sexualité déficiente et retentissent progressivement sur tous les aspects de leur existence (relationnelle et intra-psychique), ont conduit à choisir de porter un regard approfondi sur les connaissances en ce domaine. Le parti a été pris pour le faire, de donner une place privilégiée aux apports des femmes contemporaines dans cette recherche sur le Désir Féminin Hypoactif. Elles nous invitent à explorer de façon cohérente la complexité de l’expérience sexuelle féminine et ses multiples dimensions. Dimensions à la fois physiologiques, psychologiques, interpersonnelles et culturelles dans laquelle se potentialisent « pour le meilleur ou pour le pire » l’estime de soi, l’image de soi, la conjugalité, le plaisir et les nombreuses façons qu’ont les femmes de l’expérimenter, la satisfaction ressentie et bien d’autres variables encore. I –2 : QUELQUES REPERES HISTORIQUES DE LA RECHERCHE SEXOLOGIQUE SUR LES DSF
? 1974 - La World Health Organization tient une conférence unique
sur les besoins en formation des praticiens en santé sexuelle.
Le rapport final mentionne "A growing body of knowledge indicates
that problems in human sexuality are more pervasive and more important
to the well-being and health of individuals in many cultures than has
previously been recognized”. ? 1980 - Publication du DSM III incluant la première classification standardisée des DSF (Dysfonctions Sexuelles Féminines) ? de 1990 à 1999 - 4936 études publiées sur les dysfonctions sexuelles masculines / 1993 études sur les dysfonctions sexuelles féminines (WHIPPLE Beverly [2002]) (49) ? 1998 - Premier Consensus International sur les DSF, réunissant 19 experts sur les bases des classifications du CIM 10 et du DSM IV, qui réévalua et affina les classifications des dysfonctions. Une définition plus élaborée du désir hypoactif apparaît, ainsi qu’un élément essentiel du nouveau diagnostic qui est l’adoption du critère de « détresse personnelle » permettant théoriquement à la femme d’évaluer par elle même la nécessité d’une prise en charge. (31) ? 1999 - Création du FSFF : Female Sexual Function Forum, qui devient en 2001 l’ISSWSH : International Society for the Study of Women’s Sexual Health. ? 1999 - Propositions du “Working Group on a New View of Women’s Sexual Problems” dirigé par le Dr Leonore TIEFER, qui met en place les années suivantes deux campagnes internationales d’information sur une nouvelle vision de la sexualité féminine élaborée par un groupe de femmes. (46) ? 2003 - Un nouveau code est ajouté au chapitre des symptômes ICD-9-CM pour permettre un diagnostic de “désir décroissant” qui utilise un code hors du chapitre sur la santé mentale (jusque là le seul code utilisable était le 302.71 : dysfonction psychosexuelle avec un désir sexuel hypoactif) ? 2003 - L’ISSWSH propose une nouvelle définition. ? 2003 - La 2ème Conférence sur les Dysfonctions Sexuelles à Paris : ”Sexual function would appear to be a prime example of the mandatory blending of mind and body “. (15) Les définitions des dysfonctions sexuelles féminines comme
la connaissance du désir sexuel féminin sont clairement
en cours d’évolution. I – 3 : HYPOTHESE DE TRAVAIL
Cette défaillance ou absence persistante de désir pourrait
elle être, par les remises en cause qu’elle suscite, et de
la femme elle – même et du couple, un élément
qui attire l’attention. Celle des deux membres du couple dans une
première phase, l’attention du thérapeute ensuite,
qui vont se focaliser sur la qualité du lien conjugal, la qualité
du cadre relationnel quotidien ? Dans les centaines de références étudiées
ont été retrouvées constamment des hypothèses
qui pointaient l’importance du contexte conjugal dans ce qu’il
est encore convenu d’appeler le Désir Hypoactif Féminin,
sur la réalité du désir comme expérience inter-subjective,
et sur le fait que le désir inhibé prend sa place dans un
système qui lui donne son sens et l’entretient. Dans ce chapitre également, et sur la voie déjà balisée ou initiée par de grands chercheurs, contribuer modestement peut être, à clarifier quelques bases que l’hypermédicalisation actuelle semble vouloir reléguer au rang des idées passées, et rappeler avec Mme GRAZZIOTIN (2004) “Couple therapy is indicated if relationship issues and couple dynamics appear to be the leading etiological factor in the HSDD” (35) «La recherche de STUART et al. (1987) semble confirmer cette priorité
des facteurs relationnels. Les auteurs concluent ainsi que ce ne sont
pas le taux d'androgènes, les variables socio-démographiques,
les antécédents personnels ou les variables de la personnalité,
mais bien les variables interactionnelles qui distinguent un groupe de
femmes avec une IDS (Inhibition du Désir Sexuel) d'un groupe de
femmes sans IDS ». ( TREMBLAY Serge [1998]) (48)
Ainsi la problématique du désir féminin soulève la question même de l’identité sexuelle féminine, de sa place dans la société actuelle, de la perception qu’en ont les femmes et de leurs attentes en ce domaine. La simple phrase « je n’ai pas ou plus de désir » exprime tout cela, et c’est pour cette raison qu’il n’est pas simple d’y répondre. Ghislaine PARIS – Un désir si fragile (2005)
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