LE DESIR FEMININ HYPOACTIF
PANORAMA DE LA CLINIQUE SEXOLOGIQUE ACTUELLE
ANALYSE ET PROPOSITIONS DE COUNSELLING

II - CONCEPTS - REFERENCES THEORIQUES : DESIR SEXUEL AU FEMININ


Le désir sexuel est un sujet complexe touchant à la fois l’intimité et le bien être dépendant aussi bien de facteurs physiologiques (cérébraux et hormonaux) que de facteurs culturels : livres, films, magazines et aussi instruction sexuelle, croyance religieuse et expériences.

Françoise DOLTO (1998) rappelle que FREUD considérait la libido comme « énergie sexuelle traversant le psychisme » et le désir « une force dynamique qui régissait le psychisme et le corps et qui prenait ses racines dans l'inconscient ». (2)

Plus récemment, le Committee 14 (2000) s’inspirant de la définition de LEVINE (1994) et GRAZIOTTIN (1998) développe le sens de libido : “It has three major dimensions : biological, motivational-affective and cognitive which have a complex interplay with both inhibition and enhancement“. Sexual desire is normally an activated, unsatisfied mental state of variable intensity, created by external- via the sensory modalities - or internal stimuli - fantasy, memory, cognition - that induces a feeling of a need or want to partake of sexual activity to satisfy the need”. (33)

Le Dr Stephen B. LEVINE (2003) en donne une définition clinique “Although many speak of desire as though it were one phenomenon, it is not. It is the sum of the forces that lean us toward and push us away from sexual behavior. Although no one is quite sure what sexual desire is, it is a central feature of our modern discourse on sexual identity, sexual function and sexual dysfunction”. (38)
Définition qu’il précise encore : “The ordinary spectrum of sexual desire’s intensity looks something like this:
Aversion----Disinclination----Indifference----Interest-----Need-----Passion
The spectrum reminds us that desire is a dynamic or a changeable phenomenon and that it consists of a degree of interest in behaving sexually that may be positive or negative. Sexual desire is always composed of three components :
Drive : the biological component which has an anatomy and neuroendocrine physiology
Motivation : the psychological component which is influenced by :
- Personal mental states such as joy or sorrow
- Interpersonal states such as mutual affection, disagreement, or disrespect
- Social contexts such as relationship duration and infidelity.
Wish : the cultural component that reflects values, meanings and rules about sexual expression that are inculcated in childhood and may be reconsidered throughout life”. (38)

Dix ans après MASTERS & JOHNSON, le Dr Helen KAPLAN se démarque de leurs conclusions et indique que le désir sexuel est une phase distincte des autres phases de la réponse sexuelle, précédant l'excitation sexuelle et étant à la base de toutes les autres phases. Cette notion implique alors qu’un désordre du désir pourrait affecter la qualité de la réponse sexuelle en altérant une ou plusieurs phases de cette réponse.

Le désir sexuel ne doit pas être confondu avec l’excitation sexuelle, bien que les deux conditions coexistent souvent et se chevauchent. (REGAN & BERSCHEID[ 1999])

Nous retiendrons également comme élément important de la réflexion que le désir peut émerger lorsqu'il n'y a aucun danger et que chacun le supprime lorsque la peur domine.


II – 1 : LES DETERMINANTS BIOLOGIQUES : LE CERVEAU – LES HORMONES


La présence intrinsèque du désir sexuel dans le système endocrinien, tel que décrit par LEVINE, confirme les éléments rapportés par KAPLAN (1979) qui parle du désir sexuel comme d'un appétit. Cet appétit est contrôlé par l'ensemble des déterminants biologiques et empiriques. Elle ajoute : « En fait, le désir est le produit d'un substrat biologique qui est modelé dans sa direction et son intensité par les événements passés ».


II – 1 – A : CERVEAU ET SEXUALITE


«A l’inverse des hommes, les femmes ont besoin de se sentir impliquées émotionnellement pour faire l’amour. Toutefois, les sentiments ne sont pas uniquement des vagues d’émotions ; ils ont un fondement biologique solide et objectif que nous commençons seulement à présent à comprendre ».( GRAZIOTTIN Alessandra [2002] ) (35)
Le Dr GRAZIOTTIN précise : « Le système limbique, qui est plus un concept théorique qu’une structure anatomique spécifique, indique l’interdépendance fonctionnelle d’un certain nombre de centres, fibres et noyaux, qui sont primordiaux pour la réaction émotionnelle et sexuelle. À l’intérieur du lobe temporal, l’amygdale et l’hippocampe sont tous les deux sollicités lorsque les émotions et la mémoire sont en jeu, et ils sont activés à chaque fois qu’une personne s’engage dans une relation sexuelle.
L’amygdale est non seulement importante pour les émotions, mais encore une de ses fonctions est de confronter le stimulus sexuel actuel avec ceux qui se sont produits par le passé. Si le souvenir est négatif, il est probable que la décharge intense du cerveau et la cascade d’événements neuro-vasculaires qui conduisent à la réaction sexuelle périphérique non génitale et génitale s’estompent. Par contre, lorsque le stimulus sexuel est traité de manière positive, la cascade d’événements neuronaux et vasculaires s’amplifie ».
Et encore : « L’amygdale est un centre vital de notre vie émotionnelle. Elle comprend des régions qui coordonnent les quatre “systèmes fondamentaux de commande des émotions” pouvant être impliqués dans notre fonction ou dysfonction sexuelle :

- le système de la demande-de l’appétit qui procure le désir, l’éveil et l’énergie activant l’intérêt que nous portons au monde qui nous entoure ;
- le système de la colère-fureur qui est activé par des états de frustration, c’est-à-dire lorsque des actions visant un objectif sont contrecarrées ;
- le système de peur-angoisse qui active les réactions de fuite (réelles ou symboliques). Ce système est habituellement plus actif chez les femmes ; les troubles de l’angoisse ont une plus forte prévalence chez les femmes que chez les hommes ;
- le système de la panique (séparation-détresse) qui est lié non seulement à la panique-angoisse mais aussi à des sentiments de perte et de chagrin.

Il est intéressant de constater que le noyau du système de la panique-séparation-détresse correspond à la circonvolution antérieure du corps calleux, également activée lors de l’éveil sexuel de la femme ».


II – 1 – B : CERVEAU ET DESIR SEXUEL


Helen KAPLAN de son côté insiste, sur la nature duelle des circuits nerveux impliqués dans le désir :
“All examples of physiological motivational control seem to involve dual effects – inhibitory and excitatory- which function together to adjust the system. Control of sexual motivation is no exception and also operates on such a “dual –steering” principle”.([1995] p.17) (18)
“Normal sexual desire depends on a good balance between the “erotic motor” which incites our desire to copulate, and the “sexual brakes”, which keep our libidinous urges in check so that we do not crash headlong into disaster”.( [1995] p.19) (8)

Pourtant ,
elle relativise néanmoins la primauté du biologique sur le psychologique :
“The genital organs and the cerebral centers send impulses to and receive impulses from virtually all the neural centers and circuits. It is also true that the sexual response is subject to influences from numerous sources : memories, experiences, emotions, thoughts and associations. The influences can inhibit or enhance”. (KAPLAN [1974] p.45) (7)
“According to a psychosomatic view of sexual desire, the sex regulating apparatus of the brain represents the “final common pathway” via which various biological and psychosocial factors influence the modulation and adjustment of human sexual desire”. (KAPLAN [1974 ] p.17) (7)


II – 1 – C : HORMONES ET SEXUALITE


Helen KAPLAN synthétise ainsi le rôle des principales hormones dans la sexualité féminine :
“The variegated influence of sex hormones on women has been well summarized in Money’s dictum that “estrogene makes females attractive to males, while testostérone makes them responsive to males(1961)”. ([1995]p.28) (8)

En Mars 2000, le rapport de la Conférence Internationale de Consensus sur les DSF notait : “The role of steroid hormones in the modulation of sexual desire and arousal in women is not well understood”. (31)

Néanmoins pour le Dr GRAZIOTTIN (2002)
« En synergie avec les œstrogènes, les androgènes contribuent au pic de l’appétit sexuel que disent connaître de nombreuses femmes au moment de l’ovulation, qui augmente les chances de conception, et ils augmentent la capacité olfactive discriminatoire qui les rend plus réceptives aux phéromones de l’homme. Tous ces aspects sont modulés par des facteurs psychosexuels et psychosociaux, mais leur réalité et leur importance ne peut être niée. Les androgènes ont un rôle évident dans la sexualité de la femme pendant l’âge fertile étant donné que ce sont des hormones essentielles, responsables du désir sexuel dans les deux sexes. La concentration plasmatique en androgènes chez la femme est environ de 10 % de celle des hommes et leur impact sur le fondement biologique de l’intérêt sexuel est plus faible ». (35)


II – 1 – D : HORMONES ET DESIR SEXUEL


Le Committee 14, citant GRAZIOTTIN, déclare en 2001 : “In short, hormones are the necessary but not sufficient factors to maintain a satisfying human libido”. !!

Ce que Helen KAPLAN laissait entendre de façon plus développée
“From the perspective of the clinician, however, sex hormones are important only in their absence. Given a normal reproductive hormone environnment and the absence of diseases and drugs that interfer with the functioning of the CNS sex – regulatory structures, the ebb and flow of our patients’ sexual desires are determined solely by their emotional states… and the countersexual effect of disgust and anger or anxiety on the other”.([1974] p.33) (7)

“It should not be forgotten that adequate levels of the reproductive hormones as well as a functional nervous system and a correct balance of neurotransmitters, remain absolute prerequisites for normal human sexual functioning and desire”. ([1995]p.33) (8)
Aujourd’hui encore la communauté scientifique reste partagée sur une définition précise de niveaux adéquats requis pour un fonctionnement optimal du désir.
Alors qu’en est il vraiment des hormones et du désir sexuel féminin ? Quelques pistes ont été explorées toutefois :

“Androgen and female libido : Androgen, which presumably activates cerebral sex centers, is a prerequisite for libido in women also. Testosterone is a highly effective aphrodisiac for women, probably especially when the androgen-estrogen ratio has been on the low side. The libidinal effects of androgen have been found to be equally influential on the sexual desires of women. It is clear that testosterone activates the brain to cause erotic desire and motivation”. (KAPLAN [1974] p.51) (7)

“Four major classes of hormones - the sex hormones - have been implicated in the experience of sexual desire. …The primary naturally occurring androgens are testosterone, androstenedione, and dehydroepiandrosterone. …The primary naturally occurring estrogenic hormones are estradiol, estrone, and estriol. Progesterone, like the estrogens, is primarily produced by the ovaries, with lesser amounts manufactured in the adrenal cortex and testes. And finally, prolactin is produced by the pituitary gland in both sexes”.( REGAN Pamela and Al. [2003]) (40)

A ce jour est établi clairement que au moins, 5 types d’hormones sont impliquées dans le désir sexuel féminin :
les androgènes – les oestrogènes – la progestérone – l’ocytocine – la prolactine.
Mais aucune affirmation claire et définitive ne peut être établie sur ce sujet, les protocoles d’études sont encore mal définis et de ce fait les résultats limités quant à leur impact réel.

Pourtant, une fois encore, malgré la diversité des méthodologies et de nombreuses recherches sur le sujet, ces découvertes et données biologiques sont toujours autant tempérées ou complétées par une vision plus globalisante du désir féminin :
« S’il est indéniable que les hormones sexuelles jouent un rôle dans la genèse du désir, leur participation reste modeste et partielle. il existe, en outre une multitude d’autres paramètres tout aussi importants. C’est de la résultante de tous ces facteurs très différents que naît ou pas le désir ». (PARIS Ghislaine [2005] p.92) (18)

”These observations are not meant to suggest that these hormonal influences are the prime determinants of a person’s behavior. Clearly, androgen determined behavioral tendencies may be minor compared to the tremendously powerful psychic influences which govern a person’s total behavior and feelings. The psychological state of a person influences his androgen level, which tends to fluctuate rather markedly in response to psychic and sexual stimuli”. (KAPLAN [1995] p.52] (8)
“Women differ in their libidinal responses to these hormonal fluctuations. This is not surprising because female erotic cravings are multidetermined”. (KAPLAN [1995] p.54) (8)

« Pour ainsi dire, à partir du moment où l'être humain est en mesure de penser, d'imaginer et de fantasmer, sa sexualité est moins influencée par des pulsions et des hormones que par les symboles ou les significations dont elle est investie (Dorais, 1995). Avec cette capacité de rêver et de fantasmer, l'être humain échappe à son déterminisme biologique ». (BOURQUE Elise [1998]) (23)

II – 2 : LES FACTEURS COGNITIFS : EMPREINTES CULTURELLES DU DESIR FEMININ


II – 2 – A : VISION CULTURELLE DU DESIR


Quelques facettes du conditionnement culturel occidental qui traverse et sous – tend nos a - priori concernant le désir :


1 - Le désir naît du manque :

Un thème répété à l’envie dans toute la littérature d’obédience psychanalytique, dont nous ne reprendrons que la version récente présentée comme une évidence non discutable.
« Une première notion apparaît comme fondamentale : le désir naît d’un manque ». (PARIS G. [2005] p.67) (18)


2 - Le féminin « faible, passif, soumis au désir »

reste encore une norme prégnante si ce n’est dominante :
« Le féminin est devenu une notion complexe au point de se définir aujourd’hui comme ce qui reste hermétique au viril ». (GRUYER Frédérique [1984] p.13) (4)
Citant FREUD (Trois essais sur la sexualité) « Nous appelons mâle tout ce qui est fort et actif et féminin tout ce qui est faible et passif ». ([1984] p.19) (4)

“Especially for women, desire often manifests itself as receptivity or willingness to be sexually engaged rather than active sexual initiative”. (LEIBLUM & ROSEN [1989]) (10)


3 – Le désir de la femme dépendant du cadre relationnel

Le désir de la femme est étroitement connecté, voire dépendant du cadre relationnel dans lequel il peut se partager, et de tous les éléments affectifs (positifs ou négatifs) qu’il contient. Cadre qui l’autorisera à exprimer ou la contraindra à bloquer ce désir.

« Selon L. TEIFER (1999)et S. LEIBLUM(1998) les réponses sexuelles féminines ne sont pas équivalentes à celles des hommes : cela méconnaît les composantes principales de la satisfactions sexuelle de la femme qui sont l’affection, la communication, le respect et la capacité d’être vulnérable ». (BONIERBALE Mireille [2004]).
“The primacy of psychological influences on human sexual desire : … to the point where the sexual desires of modern homo sapiens are shaped predominantly by learning, childhood experiences, and the social context in which we mate”.
“In females, the physical determinants of sexuality seem less pressing than psychic and learned contributions and therefore age erodes females‘sexuality far less than males”. (KAPLAN [1995] p.32) (8)


4 - L’absence de désir sexuel serait surtout un problème féminin.

“In general, it appears that the female sexual response is more variable that the male’s, presumably because it is far more susceptible to psychological and cultural determinants”.( KAPLAN [1995] p.33) (7)

« La sexualité chez les femmes souffre souvent d’un excès de mentalisation et d’abstraction ».( PARIS Ghislaine [2005] p.39) (18)
« Les femmes méconnaissent les caractéristiques de leur désir, son aspect cyclique, fluctuant, un peu paresseux. Elles attendent trop souvent qu’il surgisse naturellement en s’accrochant à des croyances très discutables telles que : seul le désir spontané est acceptable, aimer un homme et en être aimée suffit obligatoirement à le désirer ».
( PARIS Ghislaine [2005] p.14) (18)


5 – L’influence croissante des médias.

“However, it is possible that sexual discourse as expressed in the current self-help literature and in the media, could produce a paradoxical effect in the sense that sometimes it creates unrealistic expectations and frustration for some of those who cannot achieve the promised results”. (SALGADO Camila [2003]) (27)

«Les grands magazines féminins offrent aussi une image affirmant la position conflictuelle, obligatoirement conflictuelle, de la femme désirante vis à vis de l’homme. C’est toujours, comment l’amadouer, le domestiquer, que lui dire pour obtenir ceci ou cela, que lui faire, que lui taire… ». (HERIL [2003]) (6)

II – 2 – B : LE CYCLE SEXUEL FEMININ


1 - Le « BASSON ‘s algorithm »

Rosemary BASSON a permis la réunion d’un Comité International de Consensus afin de travailler à la révision et l’élargissement des définitions des DSF en 1998.
Elle a élaboré dans de nombreux écrits une vision de la réponse sexuelle féminine, aujourd’hui largement considérée comme une référence dans le domaine, qui a évolué à travers trois concepts majeurs :

- de la mise en évidence de l’aspect cyclique fluctuant des différentes phases de ce cycle (2001) :

“Previous definitions of women’s sexual dysfunctions unfortunately assumed that the cycle of a woman’s sexual response always began with sexual desire, sexual thoughts and fantasies, and that their absence was evidence of a disorder. It is unclear how many of these women are simply reporting low or absent spontaneous desire but do experience triggered desire during sex. The apparent high prevalence of low sex desire in women leads to a questioning of the traditional view of women’s sexual response and the nature of their sex desire. Is the traditional model of sex arousal and potential orgasmic release, initiated by sexual desire (as manifested by sex thinking, fantasizing and conscious sexual neediness), actually true for women ? Are other cycles of response more common and would their acknowledgement clarify causes of apparent low desire and thereby facilitate management ? ”
Mme BASSON décrit le cycle sexuel de la femme comme débutant dans un état
« neutre », puis par des stimuli et des motivations pour initier ou accepter une activité sexuelle, conduisant à la volonté d’être réceptive aux stimuli sexuels.
Si les conditions sont favorables, une excitation subjective (et génitale) se produit, le désir apparaît en réponse et la femme est gratifiée sexuellement et émotionnellement.. Le désir spontané peut intervenir à plusieurs niveaux, sans pour autant être inclus dans la cyclicité, puisque, selon notre auteur, il n’est pas indispensable au fonctionnement sexuel.

- au concept du « désir répondeur » :

Dans la situation d’une relation sexuelle à long terme de nombreuses femmes n’ont pas de désir spontané. Le récent concept de désir réactif (responsive) a été suggéré comme la description du type le plus commun de problème de désir sexuel féminin et il peut en être perçu comme un variante normale.
“Although psychological and biological factors may potentially preclude arousal, if arousal is experienced, further arousal follows and in time, in addition to her original intimacy-based motivation, she achieves definite desire in order to continue the experience for the sake of sexual tension and sexual enjoyment. In this cycle, departing from the traditional one, sexual stimuli are integral ; arousal is experienced before desire and orgasm is not mandatory for a normal or healthy response”

- au « modèle intimacy based »

Confirmé par S.B. LEVINE: “This model acknowledges that female sexual functioning proceeds in a more complex and circuitous manner than male sexual functioning and that female functioning is dramatically and significantly affected by numerous psychosocial issues (e.g., satisfaction with the relationship, self-image, previous negative sexual experiences)”.[2003] (37)

“At the beginning of a given sexual experience, a woman may well sense no sexual desire per se. Her motivations to be sexual are complex and include increasing emotional closeness with her partner (emotional intimacy) and often increasing her own well – being and self image (sense of feeling attractive, feminine, appreciated, loved and or desired, or to reduce her feelings of anxiety or guilt about sexual infrequency)”. [2002]

2 - Les apports complémentaires de Beverly WHIPPLE :
(Vice présidente de la World Association for Sexology (2001-2005).

A son tour, Beverly WHIPPLE rappelle que contrairement au modèle triphasique masculin les femmes peuvent éprouver excitation sexuelle, un orgasme et de la satisfaction sans désir, et elles peuvent ressentir désir, excitation et satisfaction sans orgasme.
Elle insiste à de nombreuses reprises sur l’aspect éminemment variable de l’enchaînement du cycle sexuel féminin : « Women may move from sexual arousal to orgasm and satisfaction without experiencing sexual desire, or they can experience desire, arousal, and satisfaction but not orgasm.
In addition, the linear model does not take into account non-biological experiences such as pleasure and satisfaction or place sexuality in the context of the relationship”. [2002] (49)
Le modèle circulaire de la réponse sexuelle féminine de WHIPPLE et BRASH McGEER (1997)


In 1997, dans un chapitre concernant l’approche de l’insatisfaction sexuelle féminine, WHIPPLE et BRASH-McGREER ont élargie le “REED's Erotic Stimulus Pathway”afin de démontrer que si l’expérience sexuelle était agréable et donnait satisfaction, alors elle pouvait conduire à une phase de “séduction” (expression de REED )pour la prochaine expérience sexuelle. En fait, une réponse circulaire, plutôt qu’une réponse linéaire fut proposée pour la sexualité des femmes.
“Women's sexual experiences encompass self-esteem, body image, relationship factors, pleasure, satisfaction, and many other variables. Women do not conform to a linear model that describes only one type of sexual response, and health care providers need to recognize the variety of ways in which women experience sexual pleasure when listening to patients' sexual concerns.
If a woman is sexually satisfied without experiencing every phase of the sexual response cycle, should she be considered as having a sexual dysfunction ?” (WHIPPLE B. Editorial: Women's sexuality in the 21st century. Med Aspects Hum Sex. 2001;1(4):7-8)

II – 2 – C : LES PROPOSITIONS FEMINISTES

Nathalie TREMBLAY (1995) synthétise de façon claire la vision féministe des difficultés du désir féminin :
« La perspective féministe, lors de l'analyse d'une situation ou d'un fait touchant la femme, tient d'abord compte de l'oppression que vivent les femmes dans la société patriarcale. Elle a donc pour postulat de base que les femmes sont opprimées individuellement et collectivement sur la base de leur identité.
Nous avançons notamment que la sexualisation des différentes parties du corps de la femme, de même que l'objectivation de la femme sont des facteurs particuliers qui, associés de prime abord à la sexualité féminine, contribuent à en orienter l'expression. Ces deux facteurs se trouvent, par extension, associés au désir sexuel de la femme et participent ainsi à entraver son expression pleine et entière ». (24)

Il peut être intéressant de se demander, si aujourd’hui, outre l’espoir de profits financiers que suscite la recherche pharmacologique d’une molécule qui « réparerait » le désir de la femme sans plus se questionner à ce sujet, il n’y aurait pas dans l’arrière plan de la démarche, une tentative plus ou moins conscientisée de la société médicale masculine dominante encore, de continuer à garder un contrôle efficace sur le désir des femmes.


II – 2 – D : LES FANTASMES
(Ou comme le dit le Dr Sylvain MIMOUN : « les caresses de l’esprit ») (17)


L’imaginaire : le lieu par définition qui garde la trace fécondante et active des normes culturelles en cours.
La sexologie actuelle fait une place de choix au fantasme, sorti du placard de la culpabilité et de la pornographie où il était relégué jusqu’à la récente « libération sexuelle ».

“In other words, it is most important to establish whether patients use their fantasies to enhance their sex life, or if they suppress these out of guilt or shame. This is a critical point of information, since guilt and shame about sexual fantasies, as well as the suppression of fantasies, are common immediate causes of psychogenic HSD”.
( KAPLAN [1995] p.99) (8)
“An individual’s first or very early sexually arousing experiences may become permanently imprinted on and give shape to his or her lifetime erotic “program” or “love-map”. In terms of learning theory, … it may be speculated that any and all experiences that are sexually arousing to the child and occur during a critical period of development (possibly between the time the child is old enough to understand mentally what is happening to him or her, but before his/her sexual desires and fantasies have formed) that is, while these are still in an amorphous or malleable state, may become permanently and indelibly programme into his or her “erotic software”. (KAPLAN [1995] p.40) (8)
“As such, fantasies and desire are identical in content, differing only in that fantasy remains in the realm of virtual reality or mental stimulation, while desire is fantasy that may actually be put into practice”.([1995] p.46) (8)

« Pourquoi le domaine du sexuel serait-il si riche en images au point que fantasme est synonyme de fantasme sexuel et populairement d'image sexuelle ?
En Occident, c’est certainement parce que la sexualité est un domaine très peu parlé, du fait des tabous et des interdits. Il est très peu parlé au cours de l’enfance…; au cours de l'adolescence, qui demande des modèles et les recherche en secret ; dans la vie adulte où le sexe est aujourd'hui sur le devant de la scène mais où l'on parle peu des fantasmes personnels. Alors se développent des images intérieures en fonction des sources d'informations que sont les représentations sociales du sexe ». (BRENOT P. [2004]) (32)
« Elles existent toujours, elles sont plus ou moins conscientes, mais toujours nécessaires à la réalisation sexuelle intime à deux niveaux successifs :
1. Sur un plan psychophysiologique : elles sont issues de l’expérience et des modèles de l’apprentissage…
2. Sur un plan psychodynamique, les représentations internes participent à l'énergie libidinale, elles sont souvent le support du désir (fantasme), équilibrant la confiance en soi par le rappel des bonnes représentations.
Ces représentations internes ne peuvent donc s'appuyer que sur les valeurs que permet la société. En cela, les périodes de répression morales ou de plus grande liberté alterneront l'interdit et la permission, et l’accès ou non à des images sociales du sexe ».
(BRENOT P. [2004] ) (32)

“In terms of the “dual controls” model of the regulation of sexual motivation, the virtual sexual reality of our fantasies has the same power to incite human sexual desire as the actual perception of a real sexual opportunity has, presumably by activating the sex – regulating apparatus of the brain in a similar manner”. (KAPLAN [1995] p.46)


1 - Fantasme et désir féminin


Pour un grand nombre de chercheurs dans ce domaine, la compétence au fantasme est un indicateur fiable, quasi corollaire de la compétence à manifester du désir sexuel. Et pour ne citer qu’eux,

« Le désir érotique se construit par l’anticipation des sensualités à venir par la remémoration d’expériences érotiques déjà vécues, et les désirs érotiques sont lacunaires chez les femmes dont l’imaginaire érotique est anémique et cet imaginaire pauvre est aussi un indicateur de troubles du désir ». (CREPAULT & DESJARDINS (La complémentarité érotique, Ottawa, 1976)

« Les femmes ayant peu d'imaginaire érotique ont peu de désir sexuel. La capacité d'anticiper une relation intime avec le partenaire serait le signe d'une capacité minimale d'activités fantasmatiques». ( BOURQUE E [1998]) (23)

“Sexual fantasy is one of the most important areas of inquiry in the evaluation of patients with sexual desire disorders”. (KAPLAN [1995] p.99) (8)

Pourtant BASSON (2005) dans sa remise en question de quelques certitudes sur la sexualité féminine rappelle : “Moreover, women report that sexual fantasies can be deliberate - a means to stay focused on the sexual stimulus, rather than an indication of sexual desire ». (30)
Ainsi les femmes seraient capables de fantasmer afin de conserver un intérêt pour la relation sexuelle, sans pour autant éprouver un réel désir.


2 - Fantasme et couple

Dans les dernières définitions du désir hypoactif présenté comme trouble, il semble que le fantasme ou plutôt l’absence de fantasmes sexuels demeure comme un symptôme pathognomonique consensuel de la réalité du trouble. A contrario il semble que le même consensus se fasse sur la présence de fantasmes sexuels comme signe évident de santé sexuelle.
Nul ne conteste l’intérêt des fantasmes dans la relation de couple, mais leur usage volontariste et quasi systématique dans les sexothérapies actuelles, ne fait pas l’unanimité.

Frédérique GRUYER s’élève contre cette pratique clinique inappropriée selon son analyse.
« Enfin la clef de voûte du système sexologique : le fantasme dit érotique, l’auto-érotisme conjugal ne fonctionne que grâce au fantasme. Fantasmez et exprimez vos fantasmes ! C’est le leitmotiv de la sexologie. Le fantasme est l’arme indispensable à la survie des couples en péril. ».[1974] p.88) (4)
Et citant W REICH (1952)« .. Plus le travail des fantasmes est intense pour identifier le partenaire à l’idéal, plus le plaisir sexuel perd en intensité et en valeur sur le plan de l’économie sexuelle ». (4)
« Le fantasme étant produit par l’attachement à l’objet d’amour originel comme le démontrent Reich et Freud, à propos de la masturbation des adolescents, le mode de sexualité narcissique prôné par la sexologie est en fait celui des fixations incestueuses sans remèdes ». ([1974] p.90) (4)

Gérard LELEU à son tour relativise l’usage thérapeutique des fantasmes dans le travail avec les couples :
« Les fantasmes sont faits pour relancer le désir et l’excitation érotique, et par conséquent pour amplifier le plaisir. Ils poussent dans notre jardin secret. Il est préférable de les réserver à notre usage interne et de ne pas les dévoiler ».
« .. Comme si passer à l’acte limitait l’imaginaire : rêver est plus puissant qu’agir, la symbolique est plus efficiente que la réalisation. Enfin, il y a un autre danger à concrétiser ses fantasmes in extenso, c’est d’entrer dans une double escalade : d’une part l’escalade du besoin : à la longue il n’est plus possible de se passer de fantasmes, … d’autre part, l’escalade du « degré » : il faut pour obtenir l’excitation, des fantasmes de plus en plus forts. ( LELEU G. [2001] p.228) (11)

II – 2 – E CONTREPOINT : UN AUTRE CONTEXTE CULTUREL : LE TANTRISME D’INDE
La femme est au centre du Tantra. Elle en est l’alpha et l’oméga. Alain HERIL (2005)
Le désir est en toi comme en toute chose. VIJNANABHAÏRAVA TANTRA
Toi le Désir, qui pourtant libères des liens du désir. MAHANIRVANA TANTRA


Nos à-priori culturels sur le désir sexuel imprimés dans le conscient comme dans l’inconscient nous poussent à croire que la vision que nous portons est la seule juste et vraie. Prendre la mesure d’une autre vision permet de relativiser plus aisément la nôtre et ses diktats. En matière de désir sexuel cela devrait autoriser un plus grand espace de liberté, dans la pensée tout au moins.
Dans notre cadre de référence occidental, sont rares encore, mais de plus en plus évoquées les références à l’aspect spirituel de la sexualité humaine. « Travailler avec le désir » au lieu de subir ses aléas pourrait être une autre façon de participer à la construction d’un couple conscient, pour certains de ceux que nous recevons.

Et d’autant plus utile sur le sujet qui nous préoccupe, le Tantrisme accorde la place prédominante dans la sexualité à la femme, la féminité, la Femme.

Frédérique GRUYER en parle avec passion
« Alors qu’en Inde, depuis les temps les plus anciens, l’union de l’homme et de la femme symbolise l’union de toutes les forces, nous n’avons cessé de séparer le spirituel du sexuel, le sexuel de l’amoureux ». ([1974] p.11) (4)
« La conception indienne du corps est bien différente de celle que peut avoir l’Occident. Le corps, étant moins séparé de l’esprit, est traité avec l’attention qu’il mérite, il n’est jamais tenu pour secondaire comme dans la hiérarchie spirituelle occidentale. L’éthique du Tantra est aux antipodes de cette hiérarchie, puisqu’ il s’agit en somme de porter le désir et la jouissance à leur niveau le plus élevé pour accéder à la spiritualité ». ([1974] p.179) (4)
« La coïncidence entre le désir, l’être et le sacré se découvrent au delà de la psychanalyse. Pratique de l'éveil, d'abord par prise de conscience du ressenti et de toutes les sensorialités, le tantrisme ne vise pas à changer la condition du sujet, mais à l'aider à reconnaître ce qu'il est de toute éternité. Il n'y a rien à transformer, il suffit de se laisser être ». ([1974] p.184) (4)

Auquel fait écho Alain HERIL avec la même passion :
« La femme situe son désir dans l’espace, dans ce qu’il y a entre. Entre les êtres, entre les choses, entres les désirs. Et cette construction particulière faite d’émotions, de rires, de chants, crée un lien, relie les opposés. C’est bien le sens premier du mot religion : relier. C’est pour cela que la sexualité féminine a à voir avec le sacré. C’est une sexualité qui, au-delà de la génitalité, cherche à tutoyer le monde invisible. C’est une sexualité spirituelle ».( [2003] p.199) (6)

Relayé par Catherine WEISSBRODT-DELORME, psychothérapeute (http://www.etre-soi.com )
« Le Tantra utilise l’énergie du désir en toute conscience. Le désir est notre créativité, il nous motive, nous pousse à être vivant lorsqu’il est utilisé pour soi-même. Lorsqu’il est projeté sur l’autre, l’autre devient un objet sur lequel nous fixons des attentes. Ne pouvant y répondre, il nous met face à notre incomplétude ».

Daniel ODIER encore « La sexualité du pratiquant tantrique, c’est le rapport de toute la sensorialité avec le monde. C’est le frémissement qui naît lorsque le désir se satisfait de sa propre incandescence en ayant abandonné toute idée d’atteindre un être ou un objet. Il y a alors complétude. … C’est un jeu passionné sur un terrain accidenté où l’aspirant touche aux limites de son abandon, au surgissement de la pensée, au blocage de la spontanéité, au manque de confiance qu’il peut avoir quant à la sagesse de son propre corps ». (Tantra, l’initiation d’un Occidental à l’amour absolu - JC Lattès, 1996)

pour trouver avec Alain HERIL des pistes de travail thérapeutiques que nous aurons l’occasion d’approfondir au chapitre suivant.
« Le Tantra, en fait, propose un changement des valeurs, un regard sur le monde empreint d’émotion, de grâce et de lenteur. Car, et c’est en cela aussi qu’il est féminin, le Tantra est le lieu du ralentissement. Ralentissement des regards, des souffles, attention portée à l’autre, entrée dans un espace-temps où les registres de performance (entraînant une certaine « vitesse d’exécution ») n’ont plus cours ». ([2003] p.206) (6)
« Ne plus vouloir, mais être le vouloir. Ne plus désirer mais être le désir. Le Tantra cherche à faire correspondre l’être et l’acte afin qu’il n’y ait plus de vouloir, de contraires, juste l’être inscrit dans l’instant ». ([2003] p.241) (6)


II – 3 : PLACE DU DESIR FEMININ DANS LE COUPLE

“The source of desire is not an anatomical body but a body constructed in the whole of the discourses and their intersubjective practices”.( SALGADO C.[2003]) (27)

« Pour donner une première idée du plus commun différend entre les sexes, on pourrait dire que le clivage de la pulsion a pour conséquence chez la femme, l‘inhibition du désir, chez l’homme, la dissociation entre le désir et l’amour. »(GRUYER F.[2000] p.51) (5)


II – 3 – A : DESIR FEMININ V/ DESIR MASCULIN


1- Les différences biologiques :

”The most intellectually challenging variable : Gender
I assume there is one basic organizing biological difference between men and women’s desire. It is that males, on average of course, have more sexual drive from puberty on. Male drive, motivation, and wish for sex lasts longer in the life cycle and is far more reliably present and intense. Female sexual drive, being weaker, is more easily ignored by women and eradicated by social circumstances”.( LEVINE [2003]) (38)

“The libido of women of all ages and that of older men is more likely to be lesss urgent, and is typically associated with a lower frequency of sexual activity and a more reactive pattern of sexual behavior”.( KAPLAN [1995] p.53) (8)

« Le vagin est fermé, invisible ; il doit s’ouvrir et c’est un acte volontaire qui le fait s’ouvrir. Le pénis, lui, ne requiert aucun acte volontaire. L’érection est involontaire. Se livrer équivaut à vouloir, mais, pour un homme, avoir une érection, désirer, ne signifie pas vouloir. On dit que la femme se « donne ». Mais physiquement, c’est le vagin qui prend… »

2 - Le vécu de la temporalité :

Dans la vie en général

«La structure temporelle est différente pour les deux sexes. Les femmes ont une préférence marquée pour le continu et les hommes un préférence non moins marquée pour le discontinu. Cette situation de continu-discontinu est l’axe porteur de la différence féminin-masculin …. » (ALBERONI [1987] p.25)
« Avant, elle aimait, elle éprouvait de la tendresse, du désir, de l’amitié, de l’admiration. Un refus intervient, et elle ne sait plus où elle en est. Parce qu’elles sont indifférenciées, toutes ses émotions s’effondrent. La discontinuité se présente chez elle comme tout ou rien ». (ALBERONI [1987] p.27)
« Ce qui, pour l’homme, se réalise dans l’émerveillement de la rencontre, est recherché par la femme dans le prolongement de cette rencontre, dans la durée érotique sans temps mort, dans l’érotisation de la continuité temporelle ». (ALBERONI [1987] p.45) (1)

Dans la rencontre sexuelle

« En général pour les femme, le passage d’un état de calme à une forte excitation sexuelle demande beaucoup de temps. A l‘inverse, chez les hommes, cette mutation est beaucoup plus rapide ». (PARIS G [2005] p.37) (18)
« Le sexuel est souvent assimilé au coït, ce qui ajoute à la confusion. Pour désirer l’acte lui-même, il faut être parvenu à un certain degré d’excitation sexuelle. Cette montée est très lente chez les femmes. Elle est beaucoup plus rapide chez leur compagnon. .. chez elle, le désir monte graduellement. Il faut souvent un certain temps avant qu’il provoque une excitation sexuelle suffisante pour qu’elles aient envie de faire l’amour ». (PARIS G [2005] p.207) (18)


3 - Pour Elle le désir est relié aux émotions partagées et à la tendresse :

« Pour la femme, les différents états affectifs sont moins séparés que chez l’homme. Pour elle, la tendresse et la douceur sont limitrophes de l’érotisme et finissent par s’y intégrer harmonieusement ». (ALBERONI [1987] p.26) (1)

« Le désir entretient des liens étroits avec l’environnement émotionnel et relationnel. Plus que les hommes, les femmes ont besoin de se sentir aimées pour exprimer leur sexualité. Ces affects, même s’ils sont à différencier du sexuel proprement dit, sont très favorables à l’émergence du désir… l’existence de l’affectif leur permet de faire une place au désir, de créer un lien entre le mental et le corporel et d’accepter l’expression physique de la sexualité». (PARIS G. [2005] p.237) (18)

« La participation du psychisme – affectivité, fantasmes- au cours de l’activité sexuelle est réduite chez l’homme, alors que chez la femme l’émotion, le sentiment, le rêve occupent une part majeure dans l’épanouissement de l’éroticité. La femme désire que son partenaire prenne davantage en considération ses aspirations, sa sensibilité, son imaginaire. Elle souhaite que son compagnon lui parle, l’écoute, la comprenne, la choie, la fasse rêver, ensemence ses fantasmes. Que la relation sexuelle devienne une intime communication et un facteur d’épanouissement et d’équilibre pour chacun ». (LELEU Gérard [2001] p.151) (11)

« Une étude de TRUDEL, MARCHAND, RAVART, AUBIN, TURGEON & FORTIER (2001) visant à évaluer et traiter le désir sexuel hypoactif chez les femmes ressortait des résultats très intéressants concernant les cognitions reliées avec un trouble du désir sexuel hypoactif. Celles-ci parlent de leur anxiété anticipée face aux relations sexuelles et face aux réactions négatives du partenaire, de leur peur de s’abandonner sexuellement, de l’absence de communication émotionnelle et sexuelle, de leur manque de plaisir sexuel et de satisfaction, des fréquents sentiments de culpabilité et de honte ressentis ainsi que des attitudes sexuelles négatives reliées aux messages parentaux et religieux antisexuels». (THIVIERGE M.J.[2005]) (22)

4 - Pour Elle : le désir comme métaphore corporelle de la relation :

“Regan and Berscheid (1994) asked young adult men and women to answer this question : “what is sexual desire ?” Their results indicated that women more than men viewed sexual desire as a need or desire for love, emotional intimacy or romance, whereas men more than women defined sexual desire as a need or desire for sexual activity.
These results correspond to previous research that demonstrates that women are more likely than men to associate sexual phenomena with feelings of romantic love, emotional intimacy, and commitment”. (REGAN [1995]) (42)

“I found that some of these women, when they no longer experienced the intense emotions and physical reactions associated with being in love during the first stage of the relationship, came to the conclusion that they had stopped loving their partner. The women conceived sexuality within a romantic context and in the daily couple life it had lost its meaning. It was very difficult for them to imagine that without feeling all the emotional and physical reactions that come with infatuation they could experience, in the context of companionate love, sexual pleasure without so many romantic pre- requisites”. ( SOLGADO [2003]) (27)

5 - L’éducation sexuelle des femmes :

« Les femmes ne se connaissent pas. Elles sont trop à distance de leur corps, de leur sexualité. Elles restent passivement à attendre que tout leur soit révélé. Paradoxalement, elles pensent que cela viendra d’un homme, alors que lui, et pour cause, n’y comprend pas grand chose. .. cette position passive rejoint l’idée d’un infantilisme ou d’une immaturité dans laquelle les femmes ont été trop longtemps maintenues ». (PARIS G. [2005] p.14)
« Une autre forme d‘immaturité est illustrée par le mythe de « la Belle au bois dormant ». Le prince réveille la princesse avec un baiser. C’est à lui que revient toute la responsabilité du succès, à lui seul de fournir les efforts pour y parvenir…. De même beaucoup de femmes pensent que leur désir sexuel doit être révélé magiquement pour pouvoir s’exprimer ». (PARIS G. [2005] p.82) (18)

« La capacité d'anticiper positivement une approche sexuelle dépend de la façon dont elle est exprimée. La femme interprète souvent toute approche du partenaire comme une demande de relation coïtale et l'anticipation négative prend alors le dessus (TRAVIS et TRAVIS [1986]. Ainsi, une approche trop directe qui donne à la femme l'impression d'être coincée ou d'être mise dans une situation d'où elle ne peut sortir. La rapidité avec laquelle l'homme réagit à une réponse positive peut laisser à la femme peu de possibilité d'anticipation, et lui donne peu de chance de prendre du recul face à une proposition sexuelle ». (BONIERBALE Mireille [2005])


6 - Les a-priori communs :
Quelques uns de ceux qui ne faciliteront pas l’émergence du désir chez Elle.

- Les hommes ont toujours plus de désir sexuel que les femmes

“The notion that men have stronger and more frequent sexual desires than women has been a pervasive theme in contemporary Western culture and some research has suggested that gender differences do exist with respect of perceptions of the sexual desire of others.” (REGAN [2000] p.53) (42)

- Disparition du désir = disparition de l’amour (et son corollaire fréquent : apparition du désir = amour naissant)

“Many individuals believe that sexual desire and sexual activity play different roles in love relationships. They appear to believe that different sexual responses (e.g; , desire, activity, arousal) play particular roles in these interpersonal events and experiences. For example, both men and women clearly associate sexual desire - the subjective, motivational component of sexuality - with passionate love …and conclude that dating partners who do not desire each other sexually are not in love”.( REGAN [2000] p.51)
“A corollary assumption was that sexual desire would not be associated in any significant manner with feelings of companionate love or liking. In addition, sexual desire and sexual activity may have different implications for relationship quality. For example, clinical studies and case reports suggest that marital partners often use sexual desire as an indicant of overall relationship adjustement ; specifically, a marked decrease or absence of sexual desire experienced by one or both members of a couple increasingly appears to be interpreted as a “problem” that requires correction, usually through some form of therapeutic intervention”. (REGAN[2000] p.56) (42)

- désir absent = séparation du couple

‘The higher the amount of desire men and women felt for their partners, the less frequently did they think about leaving the relationship and consider beginning a relationship with a new partner”. (REGAN[2000] p.56) (42)


II – 3 – B : LE TEMPS DU COUPLE

La fréquence du désir sexuel et de l'activité sexuelle deviennent tous deux à la fois un miroir et une manifestation de l'intimité dans la relation. Sandra R. LEIBLUM, R.C. ROSEN - Principles and Practice of Sex Therapy. New York, Guilford Press(1989)

Comment se vit le désir sexuel dans la durée de la relation pour les deux partenaires ?

Il a d’abord fallu que la science sexologique avance, avant de percevoir l’influence du contexte conjugal sur les aléas du désir.
« Les facteurs organiques furent les premiers à être identifiés. On a observé que la testostérone et la FSH-LH avaient une influence sur le désir sexuel. Les facteurs psychologiques se sont ajoutés aux facteurs déjà identifiés. On avait constaté que le stress, la dépression et les traumatismes infantiles pouvaient influencer le désir sexuel. Le facteur relationnel est le dernier facteur venu compléter les connaissances existant sur le désir sexuel. En effet, on a découvert que les facteurs relationnels tels que la haine du partenaire et/ou la peur de l'intimité avaient aussi des effets sur le désir sexuel » (TREMBLAY N. [1995]) (24)

A partir de toutes les différences entre les vécus masculins et féminins répertoriées au paragraphe précédent, il est aisé de comprendre que les inadéquations des désirs et les décalages vont être fréquents dans le cours de la relation. Ces décalages qui donneront souvent lieu à des conflits : ponctuels et régulés rapidement dans certains couples ou plus souvent chroniques, entretenus et fondateurs de scénarios destructeurs du lien dans les couples que nous recevons. Ceci en fonction des interprétations que chacun pourra donner. Celui qui est “refusé”, (c’est le plus souvent l’homme) qui prend le risque de la demande et donc celui du refus, en est fragilisé, voire agressé, par ce qu’il ressent parfois comme “une attaque personnelle”. Et celle qui refuse se culpabilise souvent, manipule plus ou moins consciemment la situation pour faire porter la “faute” à Monsieur, ou parfois à l’inverse vole au secours d’une “virilité défaillante” en endossant “la faute”.

“However, the inherent susceptibility of human sexual desire to negative psychological influences also has a downside in that this is the key factor in the malfunctioning of the sex-regulatory mechanism, that is to say, in the pathogenesis of disorders of sexual desire. Alternatively, both partners’ sex drives may be within normal limits but at opposite ends of the range, and the couple’s distress is due to a discrepancy in their sexual needs”. (KAPLAN [1995] p.33) (8)
“For example, discrepant beliefs between men and women about the antecedents of sexual desire are likely to produce misundertandings in sexual communication, which in turn may lead to interactional tension or awkwardness between partners. Such discrepancies might also affect the dynamics of sexual negotiation, including the failed communications that sometimes result in sexual harassment and date rape. Research does indicate that men who misjugde their partners’ level of sexual desire sometimes persist in their attempts to initiate sexual intercourse and may engage in increasingly aggressive and forceful behavior”. (REGAN [1996]) (44)

Inadéquation fréquente aussi dans la place allouée à la sexualité au sein de l’espace conjugal.

« ( après le mariage) ce qui frappe immédiatement, c’est la place très différente que tient la sexualité dans les deux sexes. Gardant toute son importance chez l’homme, elle passe complètement à la trappe chez les femmes. L’absence de désir chez l’homme menace sa virilité alors que chez sa compagne, être respectable ne nécessite pas d’avoir une vie sexuelle intense, c’est même plutôt le contraire ». (PARIS G. [2005]p.86) (18)

De ces différences de croyances, opinions, conditionnements et réalités biologiques vont naître les malentendus qui feront le lit d’un grand nombre des difficultés du désir chez les femmes.


II - 4 : LE DESIR HYPOACTIF FEMININ ET LE COUPLE

Desire thus serves as an important, perhaps the most important , sexual index of relationship quality. Pamela C. REGAN - The role of sexual desire and sexual activity in dating relationships( 2000)
Moreover, our interest in sex is greatly influenced by our emotional states and by the quality of our relationship with our partners, so that the slightest sign of rejection from a lover can completely “turn off” or override a sensitive person’s sexual desire, even if the partner happens to be extremely attractive.
Helen SINGER KAPLAN - Sexual Desire Disorders( 1995)

Dans le contexte du délicat ajustement des différences de désir et de leurs mouvements au quotidien, se manifeste de plus la fréquente indigence de la communication du couple sur sa sexualité, communication encore empreinte de tant de tabous ou de désinformation, associée au poids supplémentaire contemporain de l’obligation de « réussir » sa vie sexuelle.
Avec pour conséquences l’accroissement des demandes d’aide autour d’un désir sexuel féminin supposé « hypoactif ». Hypoactif en référence à une norme faite d’ a-priori masculins, de statistiques et de préjugés importés du modèle économique à base de quantification : la culture du « toujours plus », du droit aux « rapports » sexuels et à l’orgasme devenu des dus par contrat de vie commune, et d’objectifs/résultats à atteindre dans la vie sexuelle.


II – 4 – A : LE SILENCE DU DESIR : UNE MALADIE ?

“Many people explain their decrement in desire by invoking partner familiarity, alienation, or preoccupation with nonsexual matters. These are powerful considerations, but so is the biological weakening of sexual inclination. But, of course, in any individual’s life the more powerful cause may be interpersonal or psychological.
Efforts failed to elucidate a single pathogenesis of Hypoactive Sexual Desire Disorder. This disorder is obviously a mixture of richly varied patterns involving biological, psychological, and cultural factors”. (LEVINE [2003]) (38)

Pourtant le DSH, en tant que trouble, est toujours dûment répertorié dans le manuel international de référence des maladies mentales.
Voici les éléments principaux de ces définitions.


1 - Définitions et classifications classiques :

LE DSM – IV – R (APA 1994) : 302 . 71
L’Inhibition du Désir Sexuel (IDS) a été reconnue comme dysfonction sexuelle dans le DSM-III en 1980.
Le DSM IV ensuite a défini initialement le manque de désir sexuel ou Désir Sexuel Hypoactif comme une absence (déficience) persistante ou répétitive de fantaisies sexuelles (imaginaire érotique) et de désir pour le sexe.
Ce trouble pouvant être la cause d’une détresse importante personnelle ou interpersonnelle et n’étant pas mieux expliqué par un autre désordre de l’Axe 1 ou un effet direct de substances ou de conditions générales médicales.
Ce trouble peut être primaire ou acquis et généralisé ou situationnel.
Il est différent de l’aversion sexuelle : 302 . 79

La définition est descriptive et fait partie de l’Axe 1 des « troubles cliniques ».
« Le sous type concernant les facteurs étiologiques réintroduit la subjectivité de l’évaluateur et donc son habileté diagnostique selon sa formation et son orientation théorique à sélectionner des évènements précipitants d’ordre plutôt psychosociaux ou biologiques ».(BONIERBALE [2005])
« Cette définition présume qu’il y a une pulsion spontanée à avoir un rapport sexuel ou que les femmes entreprennent une action à cette fin en pensant ou voyant un partenaire sexuel ». (KAPLAN [1979] ).

Le CIM – 10 ( WORLD HEALTH ORGANIZATION’S ICD – 10 ,1992) : F 52 . 0
L’absence ou perte de désir est définie comme “Les différentes façons par lesquelles un individu est incapable de participer à une relation sexuelle comme il ou elle pourrait le souhaiter “.
La dysfonction doit persister depuis au moins 6 mois.
Les autres critères sont identiques au DSM IV.
Différent de l’aversion sexuelle : F 52.1

« Le critère de DS du CIM 10 « incapacité de participer à un rapport comme on le souhaiterait » est plus évasif et sujet à critique dans le champ d’un trouble nécessitant une aide médicale (qui à une valeur thérapeutique et non de confort) qu’il faut savoir évaluer, pour savoir si on se situe dans une thérapie de développement ou de convenance personnelle ou curative dans le cadre d’une souffrance personnelle ».(BONIERBALE [2005])

2 - D’autres propositions :

Apportent depuis des nuances aux définitions classiques quelque peu évasives ou sujettes à caution.

Le point de départ de toutes ces « ajouts et controverses » s’appuie sur le DSM dans ses différentes versions. Il est intéressant de prendre un peu recul pour faire le point sur l’apport de ces améliorations, à la clinique et à la recherche, et de comprendre aussi quels sont les éléments qui suscitent encore les critiques des classifications de base. Des critiques qui adressent en particulier une vision de la sexualité féminine dont l’objet final serait principalement du marketing pharmaceutique.

Une revue des principales propositions.

KAPLAN établit une échelle de graduation dans la sévérité de l’absence de désir :
“- Low normal sexual desire : no spontaneous sexual desire or fantasy ; reactive sexual behaviour, normal sexual functioning, average or low frequency
- Mild hypoactive sexual desire : no spontaneous sexual desire or fantasy ; sexual avoidance, poor sexual functioning ; low frequency, distress
- Severe hypoactive sexual desire : no spontaneous sexual desire or fantasy ; poor sexual functioning ; sexual avoidance, very low frequency or celibacy, distress
- Sexual aversion disorder : active aversion to and/or phobic avoidance of sex ; very low frequency or celibacy, distress”. ([(1995] p.58 ) (8)

BASSON (2001) : à son tour propose plusieurs degrés dans le trouble (Trad. Thérèse CHALARD [2005])
- Type 1 : Trouble du désir, généralisé (le désir ne survient jamais même en réponse à une stimulation appropriée).
- Type 2 : Présence de pensées sexuelles et de fantasmes ainsi que d’un désir répondeur (par exemple à des stimuli visuel verbaux, écrits) : mais la motivation pour être sexuellement active est absente. (Par exemple, intimité émotionnelle insuffisante, expériences sexuelles passées négatives, situation pas assez sûre, trouble de l’excitation associée à une dysfonction sexuelle du partenaire).
- Type 3 : Fantasmes et pensées sexuelles spontanées très minimes, désir répondeur présent, mais la motivation pour être sexuellement active est absente.
- Type 4 : Fantasmes et pensées sexuelles spontanées intactes, mais impos-sibilité de répondre à quelque stimulation sexuelles (de la part du partenaire ou d’une autre source ) et pas de motivation pour être sexuellement active. (21)


LE CONSENSUS AFUD
En 1998 un premier Consensus Multidisciplinaire lors de l’AFUD ( American Foundation for Urologic Disease) met en place un système de classification traitant les difficultés sexuelles féminines. D’approche interdisciplinaire, 5 pays participent à partir de la base de classification et de diagnostic de la CIM 10 et du DSM IV.
Dans le cadre des troubles du désir, voici les changements qui ont été faits : un élargissement du concept de désir hypoactif pour y inclure le manque de réceptivité à l’activité sexuelle, et le manque ou déficience persistante d’acceptation de marqueurs du désir reconnus comme des pensées ou fantaisies sexuelles. Le critère de détresse personnelle y est souligné.
Ce qui est plutôt nouveau est le terme de persistance du manque de désir entraînant une détresse personnelle. Ceci ne s’applique pas aux femmes qui manquent de désir seulement dans quelques circonstances comme les périodes de conflits conjugaux, ou à certains moments comme dans la période prémenstruelle. De même, si le désir est plus bas de manière persistante que celui du partenaire ou de femmes de la même classe d’âge et statut socioéconomique, la définition de trouble du désir ne s’applique pas en l’absence de détresse personnelle.
« En somme l’acquisition de ce consensus a été de récupérer le concept de l’importance de la détresse personnelle dans le diagnostic de trouble ce qui limite une application trop personnelle du thérapeute et les possibles demandes de normalité.
Cette « nouvelle » classification se donne comme différence par rapport aux DSM de pouvoir s’appliquer à toutes les difficultés sexuelles quelle qu’en soit l’étiologie, et de plus insister sur l’absence de pathologie qu’un trouble peut représenter quand il n’est qu’un variation en réponse à des circonstances de vie ou d’âge ». (BONIERBALE M. [2005])

LE CONGRES ISSWSH (International Society for the Study of Women’s Sexual Health) (2003)
Les mêmes classifications y sont retravaillées. Ce qui donne la définition suivante :
Troubles du désir ou de l’intérêt sexuel : Absence ou diminution de l’intérêt sexuel ou du désir sexuel, absence de pensées sexuelles ou de fantasmes. Les motivations pour essayer d’avoir une sensation érogène sont peu importantes ou absentes.

GRAZIOTTIN (2004 lors du 11ème congrès de l’ISSIR - International Society for Impotence and Sexual Research)
“With an appropriate clinical approach, 3 basics situations may be defined :
- the woman reports low physical drive but high/normal motivation, because she loves her partner : sexual asthenia is likely : a biological etiology is to be investigated.
- she reports average sexual drive but no motivation to have sex with the current partner : sexual disaffection is likely and relational issues should be investigated and treated.
- she reports no physical drive nor motivation to sex : sexual anergia is likely and depression is the first cause to be investigated”.


Leonore TIEFER et la « NEW VIEW » ( WORKING GROUP on a NEW VIEW OF WOMEN’ S SEXUAL PROBLEMS , groupe de cliniciennes, professeures, et chercheures américaines et canadiennes)

« La Dysfonction sexuelle féminine est une création de l’industrie pharmaceutique » (46)
et lors de la discussion de la 2ème Conférence des Dysfonctions Sexuelles de Juin 2004 « Je sais bien que les femmes ont des problèmes sexuels, mais je veux souligner aussi que les termes de dysfonction sexuelle féminine (DSF) en terme de : désir, excitation, orgasme, douleur, sont des étiquettes polyvalentes et désincarnées créées par l’industrie pharmaceutique.. » (15)
Cet article, souligne les limites de la classification actuelle des problèmes sexuels féminins, et propose une alternative. Cette “Nouvelle Vision” tient compte de la diversité psychologique, relationnelle, sociale, culturelle, politique et économique des femmes et de l'importance de son impact sur leur vécu et leur réalité sexuelle. Dans la pratique, la rencontre clinique commence toujours par une description de la femme elle même sur son problème sexuel et son contexte de vie, plutôt qu’en recourant immédiatement à des références théoriques présumés universelles.
Ce groupe a porté dès 2001 un regard critique sur la surmédicalisation de la sexualité des femmes par les urologues et l'industrie pharmaceutique. Cette tendance à la surmédicalisation des problèmes sexuels est liée pour elles directement à la classification inadaptée du DSM IV dans le domaine de la sexualité.

Les points contestés sont les suivants :

- Idée erronée d'une équivalence sexuelle entre les hommes et les femmes
« Très peu de chercheurs ont demandé aux femmes de décrire leur propre expérience. Les recherches qui ont opté pour cette approche ont constaté d'importantes différences entre les femmes et les hommes.
De plus, l'insistance à faire des similitudes génitales et physiologiques entre les sexes ne tient pas compte de l'impact des inégalités reliées au sexe, à la classe sociale, à l'ethnie, à l'orientation sexuelle, etc. Le contexte social, politique et économique, comprenant aussi la violence sexuelle, impose des contraintes diminuant l'accessibilité des femmes du monde entier à la santé sexuelle, au plaisir et à la satisfaction. Ces contraintes peuvent également empêcher la réponse sexuelle ». (36)

- Absence de contexte relationnel de la sexualité
« L'approche du DSM passe sous silence les aspects relationnels de la sexualité des femmes, alors qu'on sait que la relation est souvent à l'origine de la satisfaction ou du problème sexuel. La vision du DSM qui réduit le “fonctionnement sexuel normal” à des critères physiologiques implique incorrectement que les difficultés génitales et physiques peuvent être mesurées et traitées sans égard à la relation à l'intérieur de laquelle la sexualité est vécue ». (36)

- Nivellement des différences entre les femmes
« Toutes les femmes ne sont pas pareilles ; leurs besoins sexuels, leur satisfaction et leurs problèmes ne se catégorisent pas nécessairement en désir, excitation, orgasme ou douleur. Les femmes diffèrent au niveau de leurs valeurs, de leur approche de la sexualité, de leur origine sociale et culturelle et de leur situation courante. On ne peut pas aplanir ces différences pour s'adapter à une conception générique de “dysfonction”, ni à un traitement de type “taille unique, unisexe” ». (36)

A partir de ces contestations il a été proposé une nouvelle classification des problèmes sexuels des femmes.
« Les problèmes sexuels sont un mécontentement ou une insatisfaction affective, physique ou relationnelle de l'expérience sexuelle. Ces problèmes peuvent survenir lorsque un ou plusieurs des aspects suivants, interreliés à la vie sexuelle des femmes, sont en cause :
Problèmes sexuels liés à des facteurs socioculturels, politiques ou économiques
Problèmes sexuels liés au partenaire et à la relation
Problèmes sexuels liés aux facteurs psychologiques
Problèmes sexuels causés par des facteurs médicaux » . HICKS Karen M.[2005]) (36)

3 - L’interrelation des troubles sexuels entre eux :

Il a par ailleurs été reconnu par de nombreux sexologues dans ce domaine que les troubles sexuels ne sont pas des catégories fermées et que, concernant les femmes, un trouble prévalent peut aisément conduire à ou cacher un autre trouble.

KAPLAN fut la première à concevoir qu’à partir du trouble du désir une enchaînement négatif sur toutes les autres phases de la réponse sexuelle était susceptible de se mettre en place.
“From a clinical perspective, what is most important about the dynamic relationship between sexual desire and genital functioning is that the genital phases of the sexual response cycle and sexual motivation also appear to exert considerable reciprocal psychophysiologic effects upon each other. More specifically, functional “feed back loops” exist between erotic desire and the genitalia that produce positive or negative sensory input that increases or decreases the magnitude of the response of the other phases”. ([1995] p.110) (8)

Comme décrit dans ce schéma par le Dr Nancy A. PHILLIPS qui rappelle à quel point il est nécessaire d’approfondir l’anamnèse auprès de la femme et du couple si possible : le problème de désir pouvant être l’avant – scène d’une autre difficulté sexuelle, ou pouvant se cacher derrière la difficulté présentée dans la plainte initiale.


Cycle of sexual dysfunction : “Example showing how a patient can enter the cycle of sexual dysfunction in one area and proceed to another area so that the presenting complaint may not represent the problem that actually requires evaluation and treatment. The presence of more than one dysfunction should be ascertained, because considerable interdependence may exist”. (PHILLIPS N. [1998]) (40)


4- Un nombre croissant de femmes « avec troubles du désir » :

De plus, de grands noms continuent de s’élever contre la “fascination” qu’exerce les chiffres des statistiques dans le domaine des troubles sexuels, qui portent à des conclusions hâtives qui pourraient bien être erronées et surtout inutilisables dans la pratique. A tel point que cela a amené bon nombre de spécialistes à s’inquiéter du mauvais usage de ces chiffres, au premier rang desquels le Dr John BANCROFT directeur du Kinsey Institute :
« Il voit en effet l’inhibition du désir sexuel comme une réponse “fonctionnelle et saine” face à des problèmes comme le stress ou la fatigue. Créer les TSF (Troubles Sexuels Féminins) en lieu et place de “difficultés”sexuelles, c’est s’exposer à deux dangers. D’abord encourager les médecins à prescrire plutôt que de s’inquiéter des autres aspects de la vie de leur patiente. Ensuite, parce qu’il est “probable que cela va faire penser aux femmes qu’elles ont un dysfonctionnement alors qu’il n’en est rien”. (Cité par M .BONIERBALE - Désir et désir sexuel en lecture psychanalytique [2005])
Et poursuit de son côté le Dr Sandra LEIBLUM
« Ce chiffre de 43 % a contribué à la surmédicalisation de la sexualité de la femme, un domaine où les changements dans le désir sexuel sont la norme . Non pas que tous les problèmes ne méritent une approche médicale – ce serait le cas du manque de lubrification ou de la douleur – mais s’aventurer à y mettre tous les problèmes que peut rencontrer une femme au cours de sa vie sexuelle ne saurait leur rendre réellement service. » (Cité par M .BONIERBALE . Désir et désir sexuel en lecture psychanalytique [2005])


II – 4 – B : LE SILENCE DU DESIR : QUE VIVENT LES FEMMES ?


Frédérique GRUYER parle à propos de ce silence « ..du symptôme principal de la sexualité féminine « une sorte de mutisme, de stupeur du désir » . ([1974]p.72) (4)

Ainsi que les chercheuses et cliniciennes qui d’une même voix disent :

« La sexualité féminine est complexe, multifactorielle, beaucoup moins « biologique » que celle des hommes. En réalité, tout est fonction de la signification que la femme donne à tel élément ou telle situation, du sens que cela a dans sa vie à elle, pour elle, selon son vécu et ses grilles de lecture du monde. »
« Les facteurs relationnels sont cruciaux : la qualité relationnelle, les interractions affectives, la sécurité émotionnelle, l’intimité, l’affection, la confiance, le respect mutuel, les sentiments partagés, la communication en général et sur les questions sexuelles en particulier, l’aisance de la femme avec le corps de l’autre, la peur de perdre le partenaire, le stade de la relation, les conflits même non sexuels, la distribution du pouvoir dans le couple, les abus affectifs, les maltraitances, le fait que la femme se sente utilisée, désirée, les interractions à un niveau symbolique, le mode d’approche sexuelle employé par le partenaire, la façon dont il se comporte au quotidien qui témoigne en partie de l’image qu’il a de sa partenaire, voire des rôles sociaux des genres…
On sait aujourd’hui combien le psychisme intervient sur le corps, combien les cognitions retentissent sur les émotions, et c’est particulièrement vrai pour la sexualité. C’est ce qui fait la grande complexité de la sexualité féminine. Or, comment évaluer véritablement tous ces paramètres ? Ils sont essentiels pourtant dans le vécu sexuel des femmes et la compréhension de leur fonctionnement. Et la réponse adaptée aux plaintes des femmes à propos de leur sexualité ne pourra pas en faire l’économie. » ( CHALARD T. [2005]) (21)

Et de toutes ces voix synthétisées dans cet extrait ci – dessus, ressort avec une évidence à présent non- discutable, que sexualité féminine et donc désir féminin, sont intimement reliés au contexte dans lequel ils peuvent ou non se manifester.

Contexte caractérisé par plusieurs variables qui vont plus particulièrement affecter dans le sens positif ou négatif l’émergence du désir.


1 - Un statut / un contexte / une relation à la sexualité connotés socialement :

« Situer le problème du manque de désir sexuel des femmes uniquement en terme de problème personnel, constituerait une non-reconnaissance de l'influence et de l'impact des facteurs sexistes sur les femmes. Ce faisant, la femme serait reconnue seule responsable de son problème et se culpabiliserait de ne pouvoir y mettre fin. Nous pensons que le problème de manque de désir sexuel des femmes ne pourrait être définitivement résolu tant que ne serait pas reconnu le fait que celui-ci se situerait dans un contexte social où la sexualité féminine susciterait un malaise collectif. Il serait primordial de reconnaître que le problème dans l'expression du désir sexuel des femmes serait un problème personnel et un problème social. La sexualité féminine serait entourée d'un mécanisme social qui entraverait l'expression pleine et entière du désir sexuel des femmes. »( TREMBLAY N.[1995]) (24)

Un statut connoté encore dans bon nombre de couples comme « inférieur ».


2 - Des tensions que le corps exprime quand la parole fait défaut :

« On pourrait dire que la plainte corporelle fonctionne un peu comme une métaphore : le sens réel est caché derrière une image symbolique. C’est souvent le seul moyen dont dispose la patiente pour s’exprimer. Il est donc logique qu’elle ne soit pas prête à l’abandonner facilement ». (PARIS G. [2005]p.79)
« Chaque fois que le désir manque ou s’éteint, il est question de cette terrible césure corps – tête qui l’entrave et l’étouffe ». (PARIS G. [2005]p.31) (18)

Dans une atmosphère tendue, entretenue par les incompréhensions mutuelles, la parole ne peut pas circuler librement et le corps parle alors dans la langue qui est la sienne.


3- Des conflits relationnels : jusqu’à la grève du désir ?

Mais la langue du corps n’est pas forcément si facile à appréhender pour un homme. Les interprétations de sa « virilité offensée » vont souvent nourrir des disputes où l’objet de la souffrance ne peut être dit ni par l’un(sa frustration virile difficile à digérer) ni par l’autre (sa « féminité insuffisante » et peut être violentée dont elle se sent vaguement coupable). Le conflit réel ainsi voilé ne pourra trouver de résolution et va se répéter encore et encore, empoisonnant un peu plus à chaque fois l’atmosphère conjugale et accentuant les frustrations.

“The recognition that sexual desire is associated with relationship quality and other important interpersonal experiences has led to a corresponding interest in identifying the correlates and causes of this aspect of human sexual response.One of the main variables to consider in this conceptualization of sexual desire disorder is the effect of every day life, competing roles and its vicissitudes in the sexual life of the couple and specially in their experience of desire. Sexual desire problems in the relationship context are developed and maintained systemically. It is easy to understand how the symptom decreases when the member of the couple with the high level of desire, stops pressuring for sex.” (REGAN [2003]) (41)

« .. car on peut envisager les grandes crises d’hystérie ou bien l’anesthésie sexuelles, si fréquentes à l‘époque, sous un angle plus politique, comme une forme de contestation physique des femmes, une grève du désir, en quelque sorte ».( GRUYER F. [1974]p.19)

La grève du désir ne persiste - t - elle pas aujourd’hui encore au sein de bien des couples ?


3 - Des emplois du temps surchargés :

Et particulièrement dans des parcours de vie, où avoir du temps ensemble relève maintenant d’un exercice de programmation délicat, auquel ces couples ne consacrent pas d’attention et qui donnent tant d’arguments pour éviter les tête – à - tête.

“One difficulty is how to distribute time in order to have time for sex. I have found that some times, the low desire is the unavoidable result of a hectic life style that does not allow time for a relationship and pleasure oriented activities. I have observed that this is also related to the incongruence among the priorities expressed in discourse and actual behavior”.( SALGADO C.[2003]) (27)

II – 4 – C : LE SILENCE DU DESIR / SA PLACE DANS LE COUPLE

The recognition that sexual difficulties are not invariably expressions of one person’s intrapsychic conflict, but are often rooted in the vicissitudes of the marital relationship, is one of the truly significant advances in the behavioral sciences. Helen Singer KAPLAN (1995)
The system, or the model, which governes the relationship, rather than the problems of the individual spouses, is often the major source of sexual dysfunction and the optimum site for intervention. In treating a sexual dysfunction, modification of the sexual and marital system is the basic aim. Helen Singer KAPLAN (1995)

« Deux études importantes montrent qu ’une relation de mauvaise qualité avec un partenaire est facteur de manque de désir sexuel (HALLSTROM et SAMUELSON 1990, STUART et al, 1987) probablement parce que une telle relation produit des affects et des cognitions négatives».(BONIERBALE M.[2005] )

Tous les aspects dysfonctionnels de la relation, sous jacents au silence du désir féminin sont interreliés et la plupart du temps se trouvent combinés pour aboutir à ce que nous diagnostiquerons ensuite comme trouble du désir.


1 - Une forme de communication dysfonctionnelle, ou l’expression d’une relation dysfonctionnelle ?

« L’interprétation systémique laisse comprendre que chacun des partenaires contribue a définir les rôles réciproques ». (LEMAIRE Jean G. [1979] p.132) (14)
« Rappelons seulement ici les perturbations d’ordre sexuel, où l’on voit que la guérison individuelle d’un des partenaires n’aboutit pas toujours à la guérison de la dysfonction sexuelle entre eux, comme si cette dysfonction était un phénomène de caractère systémique : un trouble entre eux ne pouvant être attribué à l’un ou à l’autre que par décision de caractère conventionnel ». ( LEMAIRE Jean G. [1979] p.121) (14)
« La fréquence de tels cas, que connaissent bien les sexologues montre combien la dysfonction sexuelle doit souvent être considérée comme un effet systémique. » (LEMAIRE Jean G. [1979] p.123)
« Mais si le système dyadique a besoin d’un porteur de symptômes, peu importe quel partenaire se charge de ce rôle, du moment que l’un des deux le remplit et qu’aucun émoi génital ne risque de perturber son fonctionnement ». (LEMAIRE Jean G. [1979] p.129)
« Du point vue d’une compréhension systémique, il (le porteur de trouble) n’est que le représentant du système couple, il n’est que la voix de la dyade ». (LEMAIRE Jean G. [1979] p.131)

« Les femmes présentant un désir sexuel hypoactif auraient tendance à percevoir moins de cohésion au sein de leur couple que leur partenaire. Contrairement à la vision qu’avaient leurs conjoints de leur couple, celles-ci voyaient leur relation comme étant plus problématique et comme comportant plus de difficultés.
Dans le même sens, selon TRUDEL, AUBIN & MATTE (1995), la baisse du désir sexuel chez un des partenaires pourrait refléter une détérioration progressive du fonctionnement du couple ». (THIVIERGE M.J. [2005]) (22)

« Le partenaire asymptomatique (sans IDS) étant considéré à l'intérieur de ces couples comme ayant les plus grands besoins sexuels, il lui revient donc le pôle de la sexualité. Manifestant dans le couple les plus grands besoins affectifs, le partenaire dont le désir sexuel est inhibé devient par contre le responsable du pôle de l'intimité. On observe aussi une complémentarité des partenaires par rapport à ces deux pôles de la relation. Plus spécifiquement, l'individu avec IDS joue le rôle de la personne inadéquate au niveau sexuel. Ce rôle se manifeste entre autres par son manque de désir sexuel et par ses refus ou sa passivité. Quant à son partenaire, il joue le rôle d'expert sexuel qui initie la plupart du temps les activités sexuelles et qui se montre le plus actif. Il y a ainsi chez ces couples une règle comme quoi c'est l'individu avec l'IDS qui a les problèmes et qui a besoin d'aide, tant au niveau sexuel qu'au niveau affectif ». (TREMBLAY [1998]) (48)

2 - Expression de la colère non dite et luttes de pouvoir :

TREMBLAY attire notre attention sur le fait que le silence du désir de la femme semble plutôt une forme de communication cohérente au sein d’un système-couple dont une règle tacite, acceptée par les deux membres du couple, édicte que la porteuse du trouble est l’unique personne à problème. Ce mode de relation s’inscrit sur fonds de luttes pour le pouvoir qui ne sauraient s’affirmer clairement, voire totalement niées.

“On the other hand, many persons withhold giving the partner pleasure because of unconscious hostility towards the mate and/or anxiety. When a woman resents her husband she is not likely to think of ways to delight and pleasure him. To the contrary, she is likely to whithhold the kinds of stimulation and responses which she senses he really wants”. ( KAPLAN [1995]p.126) (8)
“Anger at the partner is the most common and serious underlying cause of partner-specific loss of desire. Buried anger is probably the most important deeper relationship cause of sexual desire disorders and, unless the anger between the partners can be resolved, at least to the point where they both want to improve their sexual relationship, sex therapy is likely to fail”. ( KAPLAN [1995]p.142) (8)
“Numerous specific dynamics of marital discord, all of which involve rage at the spouse or fear of abandonment by him, or both, have been described in the literature of family and marital therapy… Related to these are unconscious power struggles between the spouses. It is very important for the sexual therapist to have a deep comprehension of such pathological marital transactions because they frequently contribute to sexual dysfunctions and also may present serious obstacles to therapy”. (KAPLAN [1995]p.158) (8)
“.. the sources of anger we commonly try to resolve within the context of brief psychosexual therapy include power struggles, which often center around money and children, contractual disappointments of various kinds, feelings of betrayal on account of one partner’s extramarital affair(s), as well as discrepancies in the couple’s sexual needs and wishes for attention, intimacy, and communication…
Power struggles : Although often entirely unaware of this, each spouse is dominated by the need to control the other and conversely to avoid being subjected to domination”.
( KAPLAN [1995]p.160) (8)
“Due to cultural factors and lack of assertiveness, women are more prone to experience resentment. Low sexual desire can be self inflicted and intimately related to non-resolved resentment”. (SALGADO(2003]) (27)

« Nous observons là un jeu de pouvoir au sein du couple où il apparaît déjà clairement que le fait de la maladie ou du symptôme rend possible l’exercice d’un véritable pouvoir sur l’autre ».( LEMAIRE [1979]p.132) (14)

La colère non résolue de la femme peut être clairement identifiée comme un facteur de maintien du trouble du désir.

3 - Les lacunes de l’intimité, des connaissances et des pratiques sexuelles :

Un autre facteur d’importance qui peut constituer autant un facteur déclenchant qu’un facteur d’entretien de la dysfonction sexuelle : les échanges intimes sont souvent stéréotypés, pauvres ; le temps partagé centré surtout autour des tâches à accomplir ; peu d’activités ou vie sociale ensemble ; le tout combiné souvent à une attente passive « que ça ira mieux demain… ».

“The failure of many couples to communicate openly about heir sexual feelings and experiences has been cited by authorities in the field as an important factor in the etiology of the sexual dysfunctions”. ( KAPLAN [1974]p.133) (7)

“Sometimes, the low desire patient does not speak up sufficently. Not uncommonly, people are too shy or guilty to express their sexual wishes. In other cases, the mate of silent partners are overly sensitive to criticism and has subtly intimidated their partners into keeping their complaints to themselves. These long suffering individuals are reluctant to make any suggestions regarding sex because they have learned that there is simply no way they can be coaxed to communicate their sexual feelings and complaints to their spouses, who in turn must be helped no to take such expressions as personal attacks”.( KAPLAN [1995]p.162) (8)
“In essence, in poor sexual relationships one partner fails to encourage the flowering of sexual expression of the other. Instead one subtly punishes, discourages, frustrates and undermines the other’s sexual confidence in a covert manner which is not recognized or appreciated by either ”.( KAPLAN [1995]p.162) (8)
”It is still astounding to me that so many couples who seek help for the wife’s lack of responsiveness or for dreacresing frequency of sexual contact are basically only suffering from this sort of ignorance ( ignorance de la sexualité féminine)”. (KAPLAN [1995]p. 123) (8)
“For example the myth of the mutual orgasm is exceedingly harmful and has probably destroyed many relationships”.( KAPLAN [1974]p.124) (8)

« D’autres cognitions négatives se rapportaient aux sentiments qu’avaient les femmes d’être perçues et utilisées comme un objet sexuel, de se sentir inférieures au partenaire, à la sensation d’être contrôlées, d’avoir peur d’être rejetées et abandonnées. Certaines pensées étaient aussi dirigées vers les caractéristiques négatives du partenaire, ses inhibitions sexuelles, son désintérêt pour les préliminaires ». (THIVIERGE [2005]) (22)

4 - La perte des illusions :

Dans de nombreux couples, il est fréquent de constater que silencieusement Madame s’est refermée sur des déceptions accumulées au sujet de son compagnon : manque de délicatesse, de disponibilité, d’écoute ou d’attention. A partir d’un certain moment, elle se résigne et s’installe dans une position passive qui proscrit toute manifestation du désir pour l’autre.

“I often wonder if a patient’s loss of desire is due to the loss of illusion about the partner”. (LEVINE [2003]) (38)

“Marital sex evolves over time, less out of routine and habituation than out of gradual female disinvestments. This gender specific disinvestments cannot be considered a "relatively unimportant" phenomenon. It is one of the factors and contemporary expressions of the disillusionment of partners, particularly women, with marriage in general and requires specific investigation”. (SALGADO [2003]) (27)

“The other malignant dynamic that is frequently seen in couples with sexual desire disorders is the inability to sustain passionate feelings within a close committed relationship”..(KAPLAN [1995] p.146) (8)
“Thus, while some decrease of passion is normal, I regard a marked or complete loss of sexual desire in a long term relationship as pathological. Such declines are often due to the corrosive effect of marital hostility and disillusionment, and not of familiarity”. (KAPLAN [1995] p. 38) (8)


5 - L’anxiété , la peur du rejet et de l’abandon :

Ainsi, mal à l’aise, culpabilisée, fermée et en détresse, Madame aura de plus en plus de mal à s’identifier à un « objet sexuel » désirable, et la peur d’être délaissée vient alourdir le problème et intensifier l’isolement de chacun.

“The interference of anxiety in female sexual desire can affects sexual responsiveness due to the action of negative cognitions and mental images like the anticipation of performance failure, of being criticized because lack of desire and the fear of being abandoned. In hypoactive sexual desire cases, not being able to perform the expected role and not being at the level of expectations of the partner, as well as the pressure to have sex and the fear of abandonment or infidelity – due to not being able to give the other what they ask for –, are causes of anxiety for the majority of people, specially to the women”. ( SALGADO [2003]) (27)
“Women are particularly vulnerable to rejection anxiety”. (KAPLAN [1995] p.131)
“Overconcern about pleasing one’s partner which is rooted in fear of rejection is a related and also highly prevalent source of anxiety”. (KAPLAN [1974]p.122) (7)


7 - Anticipation négative :

La combinaison des différents facteurs que nous venons d’observer, donne naissance et nourrit sur la durée, une anticipation totalement négative de toute rencontre sexuelle avec le partenaire et la mise en œuvre de toutes sortes de stratégies féminines d’évitement du contact corporel.

“Many times resentful women engage in negative anticipatory fantasies regarding the sexual encounter and their partner, inhibiting themselves from participating and/or enjoying sexual activity. I call this process “self induced desire disorder.” (SALGADO[2003]) (27)

“The negative feelings of desire disorder patients typically surface before they enter the bedroom, thereby destroying any possibility of a normal build up of their sexual desires”. ( KAPLAN [1995]p.118) (8)


Jusqu’à l’anorexie sexuelle parfois.

Lorsque la situation perdure sur des années parfois, sans demande d’aide, avec une résignation de plus en plus lourde de chacun et une distance qui s’agrandit chaque jour, alors le jeu de rôles se fige dans un scénario qui supportera difficilement les tentatives de changement.

Pour des situations moins enkystées, il reste possible de proposer un accompagnement sur mesure, qui chercher à adresser chaque niveau de la dysfonction : sexuel, relationnel (systémique), émotionnel, intra-psychique.