LE DESIR FEMININ HYPOACTIF
PANORAMA DE LA CLINIQUE SEXOLOGIQUE ACTUELLE
ANALYSE ET PROPOSITIONS DE COUNSELLING

III – PROPOSITIONS DE COUNSELLING

The desire disorders are more subtle in presentation than are the genital disorders, and their treatment requires a far greater degree of sophistication and mastery, involving multiple areas of knowledge and skill.
Professeur Arnold M. COOPER - Préface de Sexual Desire Disorders – KAPLAN ( 1995)
La relation durable à deux permet des interprétations d’une part à partir de divers points de vue, mais elle ne peut être totalement saisie sans cette interprétation dyadique qui conçoit ce micro-groupe humain bien particulier comme un système structuré, auto-réglé, homéostatique, appuyé sur l’interraction des désirs et des besoins conscients et inconscients de chaque individu et sur un intense et ambivalent investissement mutuel.
Jean G. LEMAIRE – Le couple : sa vie, sa mort ( 1979)


Voici posé dans ces exergues le cadre général dans lequel il y aura à proposer des réponses à apporter à une absence de désir sexuel chez la femme ; réponses qui s’envisagent au sein de la relation de ce couple là, comme terrain dans lequel s’enracine, et se nourrit le trouble.

III – 1 : DIRECTIONS GENERALES DU TRAVAIL THERAPEUTIQUE


III – 1 – A : TROIS PREALABLES


1 - Les voix des sexologues
font écho en général à la voix du Professeur COOPER (exergue 1) et vont même souvent plus loin dans le constat :
Les difficultés du désir sont subtiles, complexes et délicates à appréhender, plus encore à soigner.

“Sexual desire disorders have the lowest success treatment rate among sexual dysfunctions, ranging between 25-35% overall. Etiologic complexity, the importance of relationship issues, intimacy frustration, delay between onset of FSDD and request of clinical help, and/or low motivation to improve sexual relations with the current partner may explain why the response to treatment is generally so disappointing, particularly in unmotivated patients”. (GRAZIOTTIN [2004] Is There Enough Evidence for the Pharmacologic Treatment of Female Sexual Dysfunction ? - www.medscape.com)


2– Aspect systémique de la relation.

Il est important de ne pas perdre de vue la relation duelle dans laquelle le trouble s’inscrit, avec sa dynamique particulière. Et de ne pas perdre de vue de la même façon les mouvements vers l’homéostasie qui le régulent sans cesse dans la durée. L’absence de désir de Madame joue un rôle clé dans cette homéostasie.

“Since the love bonding process is anything but static, it is fundamental to distinguish between the initial attraction phase –falling in love–, falling out of love or disenchantment and companionate love, in order to understand that sexual desire requires the co-creation of particular affective relational context to develop and lead to satisfactory sexual interactions as the couple progresses through their life cycle”.
(SALGADO [2003]) (27)

« Nous pouvons affirmer que c’est bien dès le début que le couple trouve un embryon d’organisation systémique, au moment du choix réciproque des partenaires, souvent même au moment de leur rencontre première ».( LEMAIRE [1979]) (14)


1 – Résonance des désirs


Le désir souffrant de l’une est en résonance constante avec les différentes expressions du désir de l’autre.

L’accompagnement d’une déficience de désir chez la femme comportera dans l’idéal, des entretiens de couple sur le thème des interractions et comportements « contre- productifs » et des entretiens individuels qui viseront à faire émerger la participation inconsciente et défensive liée à l’histoire personnelle de la femme.

“Also on a clinical level, it has become clear that a mate is in a unique position to either enhance or destroy the sexual pleasure and functioning of the partner. For these reasons, it has become standard practice in the field, of work with couples together rather than with the symptomatic patient alone in most clinical situations”. (KAPLAN [1995] p.131) (8)

“It is especially important to gain a clear sense of how the partners interact with each other, whether they facilitate each others’s functioning, or whether the partner’s sexual behavior is a “turn off” for the patient that will have to be modified in treatment”. (KAPLAN [1995] p.96) (8)

III – 1 – B : LES ENTRETIENS DE COUPLE

“The sexual therapist is primarily concerned with modifying the specific factors in the sexual system which impair sexual adequacy : the lack of authentic communication about sexual feelings, the sexual sabotages, the ineffective sexual interactions, the paranoid distortions about sexual functioning and the use of sex in the service of the marital power struggle, which must be modified if the couple is to function well sexually”.(KAPLAN [1974] p.168) (7)

Sachant qu’il y aura nécessité de rechercher et d’utiliser l’échelle de valeurs unique du couple en consultation, pour définir précisément le contenu des pratiques et exercices proposés.
Les thèmes à aborder au cours de ces entretiens seront relatés aux différents points évoqués dans le chapitre précédent au paragraphe : « Silence du désir : sa place dans le couple » et plus vraisemblablement les points ci dessous. Ils reviennent comme des leitmotiv dans la plupart des situations où d’une part le désir de la femme semble très difficile à remobiliser et où d’autre part, chaque petite avancée vers un mieux être manifestée lors d’une session, semble engloutie à la rencontre suivante


1 - La colère :

Sera comme dit plus haut un des premiers thèmes à élaborer et partager avec le couple.
Pas forcément si visible chez Madame, pas forcément non plus totalement consciente pour elle, et souvent culpabilisée ou redoutée, elle se manifeste fréquemment comme cette porte fermée aux demandes sexuelles de Monsieur assortie de longues séries de récriminations répétitives parfaitement anti – érotiques.

“For the therapist, to facilitate the client’s transformation of the narrative or the history she has about the origin of the desire dysfunction, to help her achieve forgiveness, is basic in order to abandon resentment towards her partner. Once resentment is solved, it could be easier to develop the right emotional attitude to experience desire and act sexually”.( SALGADO (2003]) (27)


2 - Le manque de communication :
particulièrement au sujet des décalages du désir ou de ses modes d’expression :


Un thème de prédilection pour les combats conjugaux, au sujet duquel l’art du compromis ne semble pas si aisé à pratiquer, dans certains couples aux partenaires avec des personnalités fragiles et ayant peu d’aisance pour communiquer. Les enjeux sous- jacents, en terme d’estime de soi, de place dominante et de difficultés à faire face aux désaccords de l’autre, sont parfois trop aigus pour une résolution simple dès le départ en cas de disharmonie des désirs.

“What begins as different sexual drive endowments in individuals becomes a private unavoidable political matter within every relationship. Drive differences create the need for negotiation for every couple. The negotiations deal with both partners’ drives and psychological intimacy needs. Many people expect to negotiate with few, if any, words, believing that direct references to their sexual drive manifestations are crudely improper. Inadequate negotiations may play a role in generating a couple’s sexual withdrawal from one another “.(LEVINE [2003]) (38)

“A significant difference in the partners’desire for sex is a fairly common cause of sexual and marital difficulties (ZILBERGELD and ELLISON, 1980 ; LAZARUS, 1988) and the consequent stress on the relationship may be sufficently severe to require therapeutic help regardless of whether or not either partner meets the criteria for a sexual desire disorder”.( KAPLAN (1995] p.81) (8)

Dans ces situations, il y aura à mener des entretiens psycho-éducatifs sur les différences dans la sexualité des deux sexes ; tant il est encore vrai que l’ignorance de cette évidence est encore très répandue à l’ère de « l’égalité des sexes ».
Seront utilisés là, les prescription de tâches à la maison, des requêtes à s’écrire ou à se formuler dans les séances, la pédagogie sur les règles de base d’une communication vivante : s’exprimer clairement sur ses préférences et ses limites, parler de soi, écouter l’autre dans le silence et le respect. Ainsi qu’un travail sur les différences dans les visions et les croyances de chacun sur l’intimité.
Et pour le sujet qui nous préoccupe, l’accent sera mis sur la sexualité et l’érotisme féminin.

« L’érotisme féminin a besoin d’étapes en douceur, par paliers presque insensibles. L’homme veut tout, et tout de suite. La femme veut une progression. Après dix ou vingt ans, une femme amoureuse continue à réclamer, de la part de son mari, les attentions, les soins et la douceur qu’elle désirait au premier jour ». (ALBERONI [1987] p.95) (1)


3 - L’appauvrissement des échanges de tendresse :
d’une importance capitale pour l’éclosion du désir de la femme.


Il est fréquent que dans un couple où le désir de la femme reste bloqué et au moment où le couple rencontre le thérapeute, en général quand la situation est déjà bien « enkystée », celui - ci observe un couple où les rôles se sont d’une certaine façon spécialisés : Monsieur endossant le rôle sexuel actif, Madame le rôle affectif passif.
Plus Monsieur sera actif dans ses demandes sexuelles (parfois jusqu’au harcèlement ou la violence), plus Madame justifiera sa fermeture au motif que la tendresse est trop absente et que c’est ce dont elle a justement besoin. Et ainsi le couple s’installe dans un cercle vicieux parfaitement bétonné. Réussir à aménager un partage mieux réparti de la fonction sexuelle et de la fonction affective ne sera pas une tâche aisée.
Quelques sessions pourront être centrées sur le thème de la séduction, des réminiscences du temps « primordial » du couple : la fusion, quand celle - ci a pu exister, pour alléger le poids des blocages. Dans un travail de fond , il y aura souvent à explorer par ailleurs les loyautés et alliances « secrètes » de chacun avec sa famille d’origine, liens qui souvent entravent ou minent l’alliance conjugale.

« La femme veut être séduite suivant son propre rythme et de façon harmonieuse.
Le grand séducteur, celui qui « charme » les femmes et libère leur érotisme, leur parle comme une femme. Je dis « parle », car la clé réside bel et bien dans les mots et dans la façon dont ils sont dits. Il ne dit que ce qu’une femme pourrait dire . Le séducteur a de la patience, il laisse à la femme le temps de se préparer, de rêver, d’être charmée, de s’exciter, de se laisser aller ». (ALBERONI [1987]p.96-97) (1)

“Courtship remains an important factor in human sexuality, and inadequate courtship behavior can play a definite role in the pathogenesis of HSD and low sexual frequency”. ”.( KAPLAN (1995] p.37) (8)

« Pour s’abandonner, pour s’ouvrir, pour libérer son érotisme profond, la femme a besoin de se sentir en confiance ». (ALBERONI [1987]p.62) (1)


4 - Le temps partagé :

La question du temps que le couple s’octroie pour des activités, des loisirs ou des plaisirs partagés ainsi que pour l’intimité sexuelle et surtout la qualité du contenu de ce temps à deux, devient, dans des emplois du temps de plus en plus surchargés et complexes, un véritable casse tête à organiser parfois. Ces emplois du temps seront examinés en détail, des tâches simples de « retrouvailles » prescrites, et les résultats serviront souvent de tests pour évaluer la possibilité d’une amélioration de l’intimité du couple et de pronostic sur l’issue de l’accompagnement.

« Il se tient des discours de bazar sur « l’usure » du désir, qui sont finalement assez graves puisqu’ils contribuent à enfermer les gens dans leur irresponsabilité. Le temps qui passe, la platitude de la vie ordinaire et le quotidien qui dégrade tout sont désignés comme les grands responsables des échecs amoureux. Ce genre de mythe permet de continuer à croire en l’amour comme une sorte de miracle assez rare auquel il ne serait pas indispensable de participer, chaque jour précisément, pour qu’une relation de don et de partage se construise. Car ce quotidien qui a si mauvaise presse n’est pas autre chose que ce que chacun d’entre nous en fait. » (GRUYER [2000]p. 17) (5)


5 - Le temps et l’espace « protégés » : la bonne distance

Pour maintenir l’intimité, le couple doit être capable de vivre l’alternance de l’éloignement et du rapprochement. Le désir sexuel dépend, chez chacun, de sa capacité à vivre la distance et à anticiper les retrouvailles. Il est tout aussi important que chaque individu ait un espace à lui que la possibilité de passer un moment ensemble. Chacun aura à apprendre à s'occuper de soi individuellement afin de ne pas dépendre principalement du couple. Mais cette vision va souvent rencontrer des résistances chez la femme, pour qui « s’occuper de soi est égoïste » ou qui sera insécurisée par les tentatives d’indépendance de Monsieur. Il semble pourtant que cette notion soit à présent assez ancrée chez les couples jeunes quel que soit le milieu social.

« Le paradoxe dans une relation provient du fait que l'on ne peut être intime tout en étant fusionné. Une intimité réelle nécessite une indépendance, une démarcation entre les individus. Ainsi, le mariage est l'arène dans laquelle la maturité de la personnalité est la plus mise à l'épreuve, car, seulement la personne émotionnellement mûre peut négocier le rapprochement sans se fondre en l'autre ». (Lynda Dykes TALMAGE et William C. TALMAGE . Relational sexuality : An understanding of low sexual desire in Journal of sex and marital therapy. Vol.12, No. 1, Spring 1986, p.9)

« La disponibilité permanente du partenaire tue l’imaginaire érotique : pas de danger, pas de manque, pas de fantasme, et donc pas de désir ». (LELEU [1997] p.29) (12)


6 - Les croyances néfastes sur la sexualité véhiculées par l’un ou l’autre :

Héritages familiaux, culturels, religieux, les croyances nous semblent des vérités universelles et indiscutables : « ça fait 40 ans que je pense ou que je fais comme ça ; chez nous on a toujours fait comme ça….. etc. » Dans le domaine de la sexualité elles sont d’autant plus difficiles d’accès qu’elles sont enfouies au cœur de l’intime de chacun.
Parmi de nombreuses croyances contre productives (partagées par les deux sexes) voici un catalogue assez représentatif de celles qui peuvent rendre difficile à la femme de manifester son désir :
“*In general, a man should not be seen to express certain emotions. In sex, as elsewhere, it is performance that counts
* An erection is essential for a satisfying sexual experience
* All physical contact must lead to sex
* Sex equals intercourse
* Good sex must follow a linear progression of increasing excitement and terminate in orgasm
* Sex should be natural and spontaneous
* On the whole, the man must take charge of and orchestrate sex
* A man wants and is always ready for sex
* We no longer believe the above myths”
(ZILBERGELD B. Men and sex : a guide to sexual fulfilment – London : Harper Collins, 1995)

Et dans la situation d’une femme avec un blocage du désir, le poids des croyances sur “l’obligation de désirer et de jouir” pour se considérer comme « normale » est particulièrement ravageur. Le qualificatif « frigide » communément employé dans ces situations, est aujourd’hui ressentie par les femmes comme une tare lourde, et utilisé parfois par les hommes à l’instar d’une insulte.

III – 1 – C : LES ENTRETIENS AVEC LA FEMME


L’anamnèse portera sur les étapes marquantes de sa trajectoire de femme depuis, le désir qui l’a porté fille ou non dans le ventre de sa mère, en passant par les différentes étapes du passage de petite fille à jeune fille pré- pubère, à sa première relation et à celles qui auront pour le meilleur ou le pire marquées sa vie jusque là.
Par ailleurs, comme nous le verrons plus loin une part importante de ces entretiens seront consacrés à la pédagogie sexuelle et érotique, adaptée à chacune et au couple.


L’évaluation de la gravité/ complexité de la situation conjugale d’une part et de la plasticité du système et de chacun au changement, testés à travers les premières réactions aux entretiens de couple et à travers le récit de vie de la femme conduiront à proposer des objectifs réalistes et parfois modestes. Objectifs qui seront eux mêmes réévalués en fonction de la progression constatée.

III – 2 : LES OBJECTIFS DU TRAVAIL THERAPEUTIQUE :


III – 2 – A : LA GUERISON OBLIGATOIRE DU DESIR ?

Parfois l’évaluation pointera de façon claire que le corps de la femme parle là où la parole ne peut se dire ou ne peut s’entendre : quand le silence du désir persiste et résiste à toute évolution au cours de la thérapie, et crie la mort de la relation, mort qui ne peut s’accepter, se reconnaître ou se parler.
Alors il faudra savoir aider à poser les mots en questionnant, en élaborant doucement vers l’évidence de cette mort de la relation et du couple. Il s’agira là d’accompagner les peurs, de regarder cette fin en face et les conséquences qu’elle entraîne.
Il ne pourra être là question de guérir le désir supposé absent, mais d’entendre l’absence comme une parole posée par le corps totalement valide et respectable. Le travail sera plutôt d’aider à passer du langage du corps à celui des mots, et enfin au partage de ces mots en couple et des décisions que le constat prononcé, impliquent.

III – 2 – B : DU STATUT D’OBJET DE DESIR AU STATUT DE SUJET DE DESIR : propositions pour une éducation des femmes à l’érotisme


Dans un certain nombre de ces situations une part importante du temps des entretiens sera plutôt à visée psycho-éducative sur le thème de l’intimité, de la communication et de l’érotisme partagé et pour ceux qui concernent la femme, un apprentissage de l’érotisme féminin, utilisant alternativement pédagogie sexuelle et érotique et des propositions d’exercices relationnels et sexuels à faire à la maison.

« Commençons par éliminer deux fausses croyances : l’une qui édicte que l’usure du désir est inéluctable, l’autre qui prétend que l’érotisme ne s’apprend pas ».
( LELEU [2001] p.168 ) (11)


1 - Pédagogie sexuelle et érotique pour la femme :

- En commençant par les connaissances anatomiques de base : schéma à parcourir ensemble des anatomies du plaisir des deux sexes
- Propositions de bibliographie (livres ou vidéos ou documents Internet) donnés ou à rechercher chez soi seule ou avec le partenaire
- Sélections et commentaires en consultation des documents expérimentés

- et peut être un jour, bien que cela semble bien difficile à mettre en place encore en France, mise en place d’un groupe de partage entre femmes sur tous ces thèmes.


2 - Entretiens sur son identité de femme :

- La vision qu’elle en a, la place qu’elle se donne dans le monde et dans le couple, ses attentes depuis cette place de femme en matière de relation et de sexualité.
Il sera là question d’ éducation, de culture, de religion, de mythes personnels, de tabous.
- Place, rôle dans la relation sexuelle qui se résume encore pour nombre de femmes à n’être qu’un objet dans le désir de l’autre.
Comment passer de cette place d’objet, où parfois la seule façon de se manifester comme sujet sera de dire « non », de se refuser pour se rappeler qu’elles en sont maîtresse à une place de « sujet de désir », de femme désirante.

« On lui apprend à refouler son désir non seulement au cours de ses rapports sexuels mais aussi (car la relation est confusément comprise) dans tous ses autres contacts avec le monde depuis la toute petite enfance. Si bien que lorsqu'elle prend conscience de sa sexualité, les habitudes acquises ont une force d'inertie suffisante pour étouffer le désir et la curiosité ». (Germaine GREER. La femme eunuque - Paris, Robert Laffont, 1970, p. 88.)
« Parce que la féminité, c'est un mode de représentation de nous-mêmes pour le désir de l'homme. Souvent cela a été un dédale de séduction qui n'était pas une séduction pour nous, mais pour lui et pour eux ». (Luce IRIGARAY. Le corps-à-corps avec la mère - Montréal, La Pleine Lune, 1981)

« Pourtant, nous rappelle BUREAU, être "sujet"(se percevoir comme une personne subjective dans toutes ses dimensions et dans sa globalité) plutôt qu'"objet"(se percevoir en fonction d'un cadre externe de référence et se limiter au fait de performer et d'atteindre un but), est une condition essentielle pour la construction du désir et de son maintien . Un désir qui a plus de possibilités d'expression est aussi un désir qui a plus de chance de se maintenir vivant à plus long terme ».(BOURQUE [1998]) (23)

3 - Relation globale au corps féminin :

- Avec propositions d’exercices de relaxation, respirations ou postures visant à la détente globale dans le quotidien, mais surtout comme préalable à la rencontre sexuelle, ou à utiliser pendant les préliminaires.
- Avec de plus des exercices de concentration lui permettant de repérer les signaux de l’excitation, signaux particuliers à son propre corps, de suivre ce cheminement et le maintien de cette excitation tout au long de la rencontre.
- Ainsi que des exercices corporels visant à prendre conscience du corps en mouvement, de la lenteur et de l’onctuosité possible du mouvement , et de tous les potentiels du corps dans l’espace, visant aussi à assouplir le bassin et tonifier le périnée. Développement d’une sensibilité fine, d’une écoute de la sensation conduisant à plus de sensualité.
La vision du Tantra, très élaborée sur ce thème, comme énoncé dans le chapitre à ce propos, sera là d’un précieux secours.

« Au delà de l’anatomique, il faut citer la sensualité globale comme facteur érotique. On peut parler d’un accompagnement sensuel de l’acte sexuel ». (GRUYER [2000]p.53) (5)


4 - L’auto- plaisir et ses possibles variations pour chacune :

Sur la base des avancées vécues au travers des propositions précédentes, des exercices graduels et individualisés seront proposés, démarrant par les perceptions vécues dans les pratiques corporelles déjà expérimentées et des pratiques de concentrations ciblées sur les zones génitales, à expérimenter chez soi.


5 - Recherche des stimuli du désir particuliers à cette femme là :

Adaptés à ce moment là de son histoire et de l’histoire du couple : fantasmes – scénarios sexuels favoris – rêves, dans la direction d’éliminer la routine et de favoriser l’imagination.

« Dans le processus d'anticipation, la femme doit codifier positivement le plaisir sexuel dans son imaginaire avant d'en arriver à investir érotiquement dans les activités sexuelles réelles ».( Pr Claude CREPAULT. L'imaginaire érotique et ses secrets - Québec, Presses de l'université du Québec, 1981, p.220).

6 - Elaboration de scénarios ludiques de séduction :

« Co-création » en entretiens de « surprises et de cadeaux » à partager avec le partenaire, ré apprentissage, remémoration des « comportements de cour »( tout aussi excitant à mettre en œuvre qu’a recevoir), en privilégiant une atmosphère de légèreté et d’humour pouvant « s’exporter » à la maison ; qui permettront de participer à la déculpabilisation globale du plaisir.

« Toute démarche visant à stimuler ce désir, est jugée artificielle et perçue très négativement. Ignorant quels sont les stimuli nécessaires à la naissance du désir, elles sont souvent incapables d’en jouer ».( PARIS [2005]p. P14) (18)

« Les femmes doivent comprendre que le désir spontané, sans effort, n’est souvent possible que dans la passion. En dehors de cet état d’exception, il leur faudra s’engager personnellement pour l’obtenir. Elles devront mobiliser leur énergie libidinale personnelle, leurs propres ressources et ne plus attendre passivement un désir magiquement présent comme au premier jour ». ( PARIS [2005]p. P14) (18)

“Courtship is a non physical, behavioral form of foreplay, which arouses a sexually receptive attitude in the love object. This is an extremely important element of the desire phase of the sexual response cycle” (KAPLAN [1995]p.36) (8)


7 - Entraînement au langage du désir

Propositions de moments ciblés où chez elle, elle s’exercera à dire, à parler progressivement les mots de son désir, de ses émotions sexuelles.

En respectant et en utilisant sa propre grammaire érotique et sensuelle.


Cette évolution de la femme amènera nécessairement des changements dans la relation, changements qui auront aussi à être évalués et partagés en parallèle dans les entretiens de couple, où l’homme pourra faire part, éventuellement, des craintes ou blocages que la situation nouvelle réveille.
Seront partagés et négociés dans ces entretiens d’évaluation en couple : les différences dans les désirs de chacun et leur ajustement harmonieux, les limites de chacun, les prochaines étapes souhaitées dans les partages sexuels.

«L’érotisme véritable n’est possible que lorsque chacun des deux sexes cherche a comprendre l’autre, parvient à se mettre à sa place, à faire sien ses fantasmes ».
( ALBERONI [1987]p.106) (1)

III – 2 – C : SYMETRIE OU COMPLEMENTARITE DES DESIRS / QUEL OBJECTIF POUR LE SEXOTHERAPEUTE ?


Si l’évolution de la thérapie se poursuit de façon positive, Madame à un moment ou à un autre va se manifester avec une meilleure image d’elle même, une capacité à exprimer ses désirs plus déliée, et une bonne connaissance des clés érotiques qui lui permettent d’accéder plus aisément au plaisir et de le partager.
Mais, comme observé par de nombreux professionnels sociologues, thérapeutes de couples ou chercheurs, il est fréquent de constater que alors que cette transformation de sa conjointe (« libération ») semblait être le plus cher des vœux de Monsieur, et le seul obstacle à la réalisation du couple, subitement toutes ces nouvelles capacités de sa compagne peuvent lui apparaître comme menaçantes pour sa virilité (trop souvent encore, vécue en profondeur comme une supériorité « naturelle », innée et fondement de son équilibre personnel).

C’est pourquoi une évaluation pas à pas à chacun des tournants de la thérapie s’avère nécessaire.

Au mieux, pour les couples sans dysfonctions relationnelles particulières, elle conduira à une réévaluation de l’a- priori masculin et un réajustement des places et des rôles dans un nouvel équilibre basé sur plus de symétrie sexuelle et relationnelle entre les deux sexes.
Parfois, dans certaines situations de conjugopathies avérées, on constatera une forme de décompensation dépressive de Monsieur, sur fonds de « chantage – pression –harcèlement » ou « d’agressivité – violence » aux fins de couper court, saboter l’évolution de Madame ;
ou encore une compétition entre les deux partenaires sous forme d’escalade symétrique de la compétence sexuelle vers « du toujours plus » dans l’objectif sous jacent de protéger la position haute masculine antérieure.

La dextérité et la précision de l’accompagnement thérapeutique consistera peut être, en une grande vigilance à tous les signaux d’ajustement échangés dans le couple, et aux rétroactions mutuelles pour évaluer dès que possible la limite de l’évolution acceptable pour ce couple là et non pas viser à tout prix « la libération hypothétique et unilatérale du désir féminin ».

Et c’est vraisemblablement à cet endroit qu’une médication seule, toute efficace qu’elle puisse être sur le plan de l’effet attendu, ne peut répondre entièrement à la situation de défaillance du désir de la femme. Défaillance qui s’inscrit et s’agit dans une relation à laquelle elle participe de façon vitale comme régulateur. Supprimer la régulation sans étayer le changement par un accompagnement psycho-corporel des deux membres de la relation, pourrait conduire dans certaines situations, ou à l’aggravation du conflit, ou à la création d’un autre régulateur tout aussi, voire plus, dysfonctionnel en terme d’épanouissement des individus ( la créativité dans ce domaine étant infinie !).