LE DESIR FEMININ HYPOACTIF
PANORAMA DE LA CLINIQUE SEXOLOGIQUE ACTUELLE
ANALYSE ET PROPOSITIONS DE COUNSELLING

IV : CONCLUSION

L’action suprême est celle du désirer et du vouloir.
Léonor FINI
La relation entre érotisme et poésie est telle qu’il est possible d’affirmer, sans affectation, que le premier est une poétique corporelle, et la seconde une érotique verbale.
Octavio PAZ - cité par HERIL dans le journal d'un sexologue (2005)

Au terme de ce parcours à travers la littérature actuelle sur le trouble du Désir Féminin Hypoactif, à travers les milliers de pages qui ont été parcourues, les centaines de documents différents, il apparaît clairement que de nombreuses voix de spécialistes de la sexualité féminine s’élèvent pour attirer l’attention sur le glissement et le rétrécissement actuel de la vision scientifique vers une hyper médicalisation de ce « trouble ».

Ces mêmes voix relayées ici continuent de nous dire que la faiblesse ou l’absence de désir secondaire, chez une femme dans l’histoire de laquelle aucun traumatisme particulier ne peut être mis à jour, et qui ne manifeste aucune maladie psychiatrique ou physique avérée, cette absence sonne comme une alerte.
Le désir d’une femme en bonne santé ayant été distinctement repéré comme dépendant de facteurs contextuels, émotionnels, sentimentaux, et cognitifs, ce signal de détresse, lorsqu’il se déclenche, attire l’attention sur un malaise émotionnel, relationnel, conjugal.

Et en cela le modèle du désir féminin ne peut plus s’appréhender avec les paramètres qui ont servi à observer et soigner le désir masculin.

« Le symptôme apparaît comme la marque d’une perte de sens, comme le signal d’alarme que provoque le corps pour que la patiente mette en place, enfin, en elle, des processus de changement. « Oui pourquoi cela vous arrive t il maintenant ?» (HERIL [2003] ) (6)

Sous le regard de plus en plus précis des chercheuses d’aujourd’hui, force est de constater que le désir féminin échappe à toute mise en norme rigides ou absolues. Il se place et s’observe à présent dans son contexte d’origine, dans la relation qui le nourrit ou l’entrave et en tant que phénomène sexuel global, non plus comme une étape isolée de la rencontre sexuelle.
Et celles qui ont ouvert la voix dans cette direction sont principalement des femmes.

“If the clinician who treats sexual difficulties is to transcend the role of a technician who dispenses his remedies in a mechanical fashion, if he is not to be limited to removal of immediates stress, if he is to go beyond “sensate focus” and “squeeze”, then he must understand the structure of the dysfunctions on all levels”.( KAPLAN [1974]p.67) (7)

« Une dysfonction sexuelle liée au partenaire ne saurait être plus longtemps diagnostiquée comme pathologique » .
« En réalité, tout est fonction de la signification que la femme donne à tel élément ou telle situation, du sens que cela a dans sa vie à elle, pour elle, selon son vécu et ses grilles de lecture du monde .On sait aujourd’hui combien le psychisme intervient sur le corps, combien les cognitions retentissent sur les émotions, et c’est particulièrement vrai pour la sexualité. C’est ce qui fait la grande complexité de la sexualité féminine. Or, comment évaluer véritablement tous ces paramètres ? Ils sont essentiels pourtant dans le vécu sexuel des femmes et la compréhension de leur fonctionnement. Et la réponse adaptée aux plaintes des femmes à propos de leur sexualité ne pourra pas en faire l’économie ». (CHALARD T [2005]) (21)

Mais toutes ces éclairages récents de la communauté scientifique sont loin d’être partagés et acquis par les femmes et les hommes que nous recevons chaque jour.

“Younger women report pressure from their partners to have orgasms every time during sex – it seems to make their partners feel masculine and they want to please their partners – does this make their distress about orgasms a dysfunction ?
Many busy working women and mothers want to be able to say no to sex without their partner feeling personally rejected – does that make their low interest a dysfunction ?
Many older women want intimacy and physical pleasure without vaginal penetration because it’s painful – does that make their pain a sexual dysfunction?
Is our goal in this field to diagnose as much sexual dysfunction as possible – or help people live rewarding sexual lives ?”. (TIEFER L. [2005] (46)


C’est dans la fonction de relais de l’information, de la connaissance et de l’intégration de cette connaissance dans le quotidien des couples, que le sexothérapeute peut aujourd’hui jouer un rôle crucial pour le bien être de ces couples.

A présent ouvertement accessible, le « continent noir » de la sexualité féminine avec tous ses circuits au sein de la relation de couple, commence seulement à révéler quelques unes de ses clés. Il reste encore tant à découvrir sur la complexité de leurs interconnections.
L’accompagnement sexothérapeutique peut être aussi un espace de recherche des valeurs que l’on accorde à la sexualité et à l’intimité du couple, et que l’on souhaite voir promues.
Et plus particulièrement dans l’accompagnement des troubles du désir de la femme, un cheminement possible aux côtés d’un couple, pour lui permettre de ramener de la vitalité dans le lieu par essence d’où cette vitalité devrait jaillir.

“Sexual desire, therefore, educates us throughout our lives. It often reflects our longing for something that we do not currently have. Since almost all lives are periodically unsatisfying, our new sexual desires inform us about our felt deficiencies in ourselves and our relationships and how they might be improved. “ ( LEVINE [1987]) (39)

« Dans toute psychothérapie, et, à plus forte raison, dans la problématique sexuelle féminine, l’objet central du travail n’est pas la pathologie mais bien la perspective.

« Maintenant la sexologie adulte peut se pencher sur l’aspect « humain » de la sexualité humaine, aspect émotionnel, relationnel, et devenir un vecteur d’une « culture de vie »au service de la rencontre homme/femme ». (CREPEAULT [2004]) (34)

Ce travail espère s’inscrire clairement et modestement dans cette perspective.